lundi 12 décembre 2011

courts textes de méditation biblique



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Jacques Gruber
COURTS TEXTES
SUR LE TEMPS DE L’ÉPREUVE :
DE JOB À J’ESUS
et
SUR LE TEMPS DE L’ÉGLISE,
À PARTIR DU LIVRET DU MESSIE DE HÄNDEL
pour l’usage privé ou public
n’hésitez pas à les copier et à les diffuser, tout ou partie
copyright Jacques Gruber, Courts textes, 2011
page 3
le temps de l’épreuve, Job, page 5
le temps de la tentation, Jésus, page 17
le temps de l’attente, l’Avent, page 39
le temps de la naissance, la Nativité, p. 61
le temps de la parole et des actes, la Bonne Nouvelle, p. 69
le temps de l’abandon, la Passion, p. 79
le temps du triomphe de la Vie, Pâques, p. 101
le temps de la confiance et de l’espérance, la Pentecôte, p. 121
pour retrouver les textes qui font l’objet de ces réflexions, consulter la liste des textes cités, p. 143 et la Table des matières p. 145
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L’ ÉPREUVE,
JOB et JÉSUS
L’épreuve de JOB
LE PREMIER DES JUSTES
lire Job 1, 1 à 5
« Job craignait Dieu et se détournait du mal ». Une image péjorative de notre nature voudrait que nous n’obéissions qu’à la peur, que nous ne respections que ce que nous craignons. C’est peut-être la découverte la plus triste (la plus générale et la plus vraie) que nous puissions faire sur l’humanité et sur nous-mêmes.
Et-ce bien le cas de Job ? La crainte du Dieu vivant n’appartient-elle pas à un autre (un bien autre) registre ? Par exemple : craindre Dieu par un effet de la reconnaissance et de l’amour. C’est ainsi que nous pouvons « craindre » Dieu lorsque nous sommes un croyant à la manière de Job. Il sait qu’il tient sa vie de Dieu et non de sa vertu propre, il sait qu’il en va de même pour l’amour de son épouse et de ses enfants, pour les biens abondants qu’il possède et pour la considération qu’une réussite aussi parfaite que la sienne lui vaut de la part de ses contemporains.
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Job aime-t-il Dieu à cause de cette réussite ou parce que Dieu est Dieu et non pas un homme ? Tout le poème de Job est écrit pour montrer cela. C’est pourquoi il est dit, d’emblée, que Job craignait Dieu. Il le craignait comme nous craignons tous ceux que nous aimons, tout ce que nous aimons, tremblant devant Dieu parce qu’il redoutait le risque d’en être séparé, non parce qu’il en avait peur.
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LA MALADIE DONT ON MEURT
lire Job 2, 1-10
« Maudis Dieu et meurs ! » La maladie dont on meurt n’est pas le cancer, mais de maudire Dieu. Maudire Dieu, c’est le rejeter en paroles après qu’on L’a rejeté dans son cœur. Job, frappé dans sa santé, après l’avoir été dans ses biens et dans ses affections, est comme un homme qui avance sur une planche étroite au-dessus d’un gouffre. Il lutte contre un vertige : « En finir ». Il est assailli par la dernière tentation. Celle qui consiste à être touché, non plus dans ses biens, ses affections et sa santé, mais dans sa foi. La puissance de cette tentation est démultipliée du fait qu’elle lui est proposée par celle qui est « chair de sa chair » : la compagne de sa vie, son épouse. Elle lui suggère : « Laisse-toi aller et que ce soit fini. Plonge dans le gouffre et qu’on n’en parle plus ». C’est la tentation de renoncer à soi, de cesser d’espérer. Et, pourtant, Job guérira. Il guérira de l’ulcère malin qui l’a pris de la plante des pieds jusqu’au sommet du crâne, il sera rendu vainqueur du désespoir, il trouvera le moyen de se surmonter lui-même parce qu’il aura gardé la foi en son Dieu contre toutes les apparences.
Sa foi est de la même étoffe que celle d’Abraham : « Espérant contre toute espérance, il crut » (Rm 4, 18).
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ANNIVERSAIRES
lire Job 3, 3-22
« Périsse le jour où je suis né ! » Job préférerait n’être jamais né. Cerné de toutes parts, n’ayant plus aucune issue, il se retourne vers le fondement de son existence. Que tous ceux, toutes celles, qui ont cru être malheureux-ses une fois dans leur vie veuillent bien comparer leur sort à celui de Job.
Nous chérissons nos malheurs, nous les entretenons, nous en fêtons les anniversaires, pieusement, avec des rites et devant des images. Être une femme ou un homme malheureux, c’est une sorte de raison sociale, cela donne une contenance, c’est une notoriété, une dignité, nous en faisons un succédané de la vraie justice, la justice de Dieu, qui ne se réalise que dans et par la foi.
Que nos malheurs, au moins, nous servent à nous approcher une fois de la vérité. Qu’ils nous conduisent à nous poser la question fondamentale de notre existence et qu’ils nous rendent proches de tous ceux qui souffrent. Pourquoi avons-nous vu le jour ? À quoi cette vie nous a-t-elle servi ? Qu’avons-nous à espérer pour demain ? Comment puis-je faire bénéficier les autres de mon expérience ?
« Heureux les affligés, ils seront consolés » (Mt 5, 4).
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LES FAUX- MONNAYEURS
lire Job 4, 1-11
« Cherche dans ton souvenir, quel est l’innocent qui a péri. » Voilà la fausse monnaie ! L’idée que le juste est prospère ; que le méchant est malheureux. L’idée que la souffrance serait le moyen employé par Dieu pour punir le méchant, le bonheur, sa récompense pour qui mènerait une vie honnête. Si Job est frappé, si fort, c’est à la mesure (énorme) de son péché ; telle est la pensée des honnêtes gens qui se disent ses amis. Leur logique tout humaine, dans sa rigueur apparente, prétend déduire du sort d’un être humain un jugement définitif sur son intégrité. Job sait que ce raisonnement est faux, que de telles pensées font injure à Dieu, que ce ne sont là que des que sentiments humains que nous Lui attribuons, à nos risques et périls. Mais Job ne peut pas le prouver. Son malheur spirituel fait corps avec sa détresse physique et affective et ce malheur spirituel c’est que, au cœur de l’épreuve, on ne sait pas encore si c’en est une. On ne peut que le croire.
J’ai cherché dans mon souvenir quel est l’innocent qui a péri et j’ai trouvé celui qui confond les faux-monnayeurs de l’Esprit : Jésus sur la croix.
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« PAS UN JUSTE, PAS MËME UN SEUL » (Rm 3, 10)
lire Job 42, 1-6
« Mon oreille avait entendu parler de toi, mais, maintenant, mon œil t’a vu, c’est pourquoi je me condamne et me repens sur la poussière et sur la cendre »
Paroissien fidèle (comme nous dirions), Job lit sa Bible et prie quotidiennement, il va au culte chaque dimanche depuis toujours. Il fait lui-même le culte à la maison, pour sa famille, le soir. Il dirige ses enfants dans la connaissance de Dieu. Dans son travail, il rend témoignage à sa foi et il évangélise de toutes les manières.
Ainsi s’imagine-t-il, à bon droit, qu’il se connaît lui-même et qu’il connaît Dieu. Ne se sait-il pas intègre ? Toute sa vie ne l’atteste-t-elle pas ? L’opinion des autres ne le confirme-t-elle pas ? Ne connaît-il pas Dieu, puisqu’il Le prie, puisqu’il parle de Lui aux autres ? Eh bien, non ! Il n’avait pas encore été éprouvé. Ni dans son corps ni dans son cœur ni dans sa foi. Après cela seulement, il peut parler de lui-même et de Dieu en connaissance de cause. Toute son intégrité, tout son zèle, ne sont pas justice pour Dieu. Le Saint est plus saint encore que tout ce que l’on peut en dire et en entendre dire.
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« Si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu […] Comment cela peut-il se faire ? […] Tu es docteur en Israël et tu ne sais pas ces choses ? (Jn 4, 5, 9-10).
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L’ INTERCESSION
lire Job 42, 7-9
« Le Seigneur eut égard à la prière de Job ». Job vivant, intercède pour les vivants, ses amis (vrais ou faux) et Dieu, qui semblait ne pas entendre ses plaintes particulières, reçoit sa prière lorsqu’elle est faite pour d’autres. Dieu entend toutes nos prières, mais les reçoit-t-il lorsqu’elles proviennent de personnes qui, par ailleurs, parlent mal de Lui ou lui attribuent leur propre mentalité ? Comment saurions-nous prier alors que nous ne savons pas comment Dieu parle ? C’est dans sa Parole, que Dieu parle bien de Lui, sa Parole mise en pratique par nous devient la source de notre prière. Jésus, le seul qui ait pleinement vécu cette Parole, intercède pour nous (à Gethsémani, sur la croix, tout particulièrement) et son Père reçoit sa prière. C’est pourquoi, nous adressons notre prière au Père en son nom.
Comment des êtres humains qui ne savent pas comment Dieu leur parle pourraient-ils penser droitement sur Dieu, sur eux-mêmes et sur autrui, agir dans la justice, se conduire dans la vérité ? Non seulement nous parlons à tort, mais nous agissons de travers. « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font » (Lc 23,34). Jésus, le dernier Juste, a intercédé sur la croix pour chacun de nous, « pauvres humains » (François Villon, La ballade des pendus) et le Père a eu égard à sa prière. À cette même heure, il est notre Avocat auprès du Père.
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« Qui accusera les élus de Dieu ? C’est Dieu qui justifie ! Qui condamnera les élus de Dieu ? Christ est mort, bien plus : il est ressuscité, il est à la droite du Père et il intercède pour nous » (Rm. 8,34).
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JÉSUS DANS LA TENTATION
« SI TU ES LE FILS DE DIEU … »
lire Matthieu 4, 3-6
Pareille façon de parler nous montre que le mal ne se perfectionne pas. Déjà, dans le récit de Genèse 3, nous trouvons la même méthode : l’insinuation ; « Puisque tu es le Fils de Dieu » rappelle « Est-il vrai que Dieu a dit… » Ge 3, 1).
Pourquoi le Tentateur se mettrait-il en frais ? Sa tâche est de démolir l’as­su­rance intérieure d’un être humain. La même méthode peut servir pour tous en toute occasion. Construire exige des matériaux très divers, et des moyens diversifiés, une charge de plastic suffit à jeter bas n’importe quel édifice. Il faut des années pour éduquer et instruire un enfant, il suffit d’une parole pour le perdre. Pour détruire, il suffit de doser la quantité d’explosif. L’invention dans la volonté de nuire ou de faire souffrir ne manque pas, mais, dans la destruction, il y a une simplicité et une facilité de penser et de mise en œuvre qui devraient, semble-t-il, appartenir à la créativité, mais ne sont que déchéance.
Le mal peut augmenter de volume, prendre une place de plus en plus grande, dans le cœur d’un être humain, profiter des derniers progrès technologiques (dans lesquels il n’est pour rien), il devient plus pervers, jamais plus parfait. Il n’est le lieu d’aucun progrès réel. Dans le principe du mal, il n’y a aucune évolution, il
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reste prisonnier de lui-même. Il a commencé d’être une force de division et ne peut plus être autre chose. Il pourra déployer, demain, mille nouveaux autres moyens, le résultat sera toujours le même. Ainsi, du premier coup, il atteint, dans son genre, à une sorte d’absolu. On comprend mieux alors ce qu’il peut avoir de fascinant et de désespérant.
« Parce que tu a peu de puissance et que tu as gardé ma parole, et que tu n’as pas renié mon nom, j’ai mis devant toi une porte ouverte que personne ne peut fermer, (Ap. 3, 8) ; « Délivre-nous du mal ! » (Mt 6, 13).
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« ORDONNE QUE CES PIERRES DEVIENNENT DES PAINS ! »
lire Matthieu 4, 1-4
Quelle tentation y a-t-il là, pour Jésus ? Est-ce succomber à la tentation que de manger lorsque le jeûne que l’on s’est imposé a pris fin ? Certes, non. S’il s’était trouvé là un nomade du désert, Jésus aurait très bien pu lui demander, lui même, de la nourriture et ce bédouin l’aurait reçu comme Abram fit des envoyés de Dieu.
Mais il y a là Satan. Il se moque sans doute de la faim dont Jésus peut souffrir et ne lui propose pas du pain, mais une tentation. Tentation, pour Jésus, d’utiliser a des fins personnelles la puissance qu’il possède en vue du pardon, de la guérison et du salut des autres. Ce serait une déchéance pour lui, au seuil de sa vie publique, que d’utiliser cette puissance pour subvenir à ses besoins du moment, si urgents soient-ils.
Nous pensons que si Jésus est pleinement Dieu il doit posséder la toute puissance, mais ce n’est qu’au moment où il résiste à la tentation de l’utiliser pour lui-même que nous découvrons combien cette toute puissance dépasse ce que nous imaginons.
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« Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire. Amen ! » (Mt 6, 13). « L’Évangile est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, du Juif premièrement, puis du Grec » (Rm 1, 16).
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« JETTE-TOI EN BAS »
lire Matthieu 4, 5-7
Dans cette seconde tentation, plus encore que dans la première peut-être, Jésus résiste à sa tentation spécifique : utiliser pour lui-même ou, ce qui va plus loin encore : par jeu, la puissance qu’il possède, mettre à l’épreuve les promesses de Dieu dans une occasion futile propre a ébahir les populations qui demandent des miracles (1 Co 1, 22) ou « du pain et des jeux ».
Non seulement il serait tentant de voir si les paroles du Premier Testament qui concernent le Messie s’accompliraient, mais ce serait une manière sensationnelle d’entrer dans la vie publique. Une façon d’attirer l’attention des foules sur lui, de les subjuguer dès le départ. Si, d’emblée, Jésus s’était présenté comme une sorte de magicien, il n’aurait, effectivement, été rien d’autre. La foi des disciples qu’il aurait pu rassembler eût alors été qualifiée, à bon droit, de superstition. En résistant à cette tentation, Jésus fonde notre foi en sa parole et les actes qui l’accompagnent. C’est par cette victoire qu’il remporte, dans cette période où il est encore obscur, que la foi que nous fondons sur lui échappe au sort de tant de confiances aveugles qui ne sont que des superstitions.
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Dès ce moment, Jésus a parfaitement conscience d’être qui il est : le Messie, le Christ. Sinon, il n’aurait pas parlé de la sorte, comme celui qui aurait parfaitement pu exécuter ce que le Tentateur lui propose, mais qui s’y refuse afin de fonder le salut des humains et de la création entière sur la foi.
« Le juste vivra par la foi » (Ha 2, 4, Rm 1, 17).
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« TOUS LES ROYAUMES DU MONDE ET LEUR GLOIRE »
lire Matthieu 4, 8-11
« Satan lui montra tous les royaumes du monde et leur gloire ». La terre appartient-elle au Seigneur ou à Satan ? Ce dernier ne règne-t-il pas sur les royaumes de la terre et n’en reçoit-il pas toute la gloire ? La terre appartient au Seigneur et Satan lui est soumis, mais les royaumes de la terre et leur gloire sont les fleurs et les fruits qu’a produits l’ivraie semée, dans la nuit, par l’Adversaire (Mt 13, 25). Il importe peu à Satan de donner à un autre la puissance qu’il a prise sur nous, l’offre qu’il fait à Jésus ne lui coûte pas cher. Bien au contraire, si, dans cette affaire, le Fils de Dieu (comme dit Satan) l’adore, en échange, le Malin troquera son apparence de souveraineté contre l’authentique souveraineté. Or, le Messie règne non par la vanité, mais par la vérité.
Maintenant, Satan a fait tous ses efforts pour détourner Jésus au seuil de sa mission. Il en tentera encore quelques uns en cours de route, mais toujours vainement. Le Seigneur propose à
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Jésus le chemin de la croix, Satan lui offre celui de la gloire et de la domination. Dès ce moment, Jésus a choisi la croix.
« Jésus ayant été tenté lui-même dans ce qu’il a souffert peut secourir ceux qui sont tentés » (Hé 2, 18).
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« IL A ÉTÉ TENTE COMME NOUS EN TOUTES CHOSES SANS COMMETTRE LE PÉCHÉ »
lire Hébreux 4, 14-16
« Tenté en toutes choses », ces mots signifient que Jésus a été aussi pleinement humain qu’aucun autre d’entre nous. Celui qui parle, dans le Sermon sur la montagne (Mt 5 à 7), de l’intention qu’un mot ou un regard peuvent révéler, montre qu’il a connu la tentation dans toute sa réalité psychologique, telle que nous l’éprouvons par expérience.
« Sans commettre le péché », c’est là qu’est la différence entre Jésus et nous. Aux yeux du Dieu Saint, nous sommes tous des pécheurs, même ceux qui sont convertis. Nous n’en voudrons pour preuve que le fait que nous mourons tous. Jésus seul est vivant aux siècles des siècles.
Dans le même temps, il nous est signifié que Jésus est homme et qu’il est Dieu. Les prophètes, les guérisseurs, les faiseurs de prodiges impressionnent, mais demeurent des personnages ambigus. Il en est qui peuvent être des « hommes (ou femmes) de Dieu », d’autres qui sont en rébellion contre Lui. Ici, plus de doute possible. Pour avoir connu l’ultime tentation sans y succomber, il faut être, à la fois, pleinement homme et pleinement Dieu.
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« Le centenier qui était en face de Jésus sur la croix, voyant qu’il avait expiré de la sorte, dit : « Assurément, cet homme était Fils de Dieu » (Mc 15, 39).
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« ARRIÈRE DE MOI, SATAN »
lire Matthieu 16, 21-28
La tentation ne serait pas dangereuse si elle émanait toujours, manifestement, d’un ennemi. Satan s’est servi ici de celui de ses proches disciples qui vient de déclarer à Jésus qu’il a découvert son vrai titre : « Messie, Fils du Dieu vivant ». Pierre est celui qui l’a le mieux compris.
Jésus a partagé avec nous le lot entier des tentations attachées à la condition de l’homme déchu, sans commettre de péché. Il a connu les tentations propres au Messie, celles qui voudraient le détourner de l’obéissance acceptée. Les propos qu’il vient de tenir à ses disciples le montrent clairvoyant sur lui-même. Sa réaction aux paroles de Pierre, si violente, dénote que l’idée de prendre un autre chemin que celui de la croix lui fait plus horreur que la perspective-même de cette croix. C’est dans un pareil épisode que l’on se rend compte comment Jésus « S’est rendu obéissant » (Phi 2,8). Obéissance qui n’a rien de passif, de servile, qui porte le caractère-même de l’obéissance du Fils. Obéissance à la fois comparable et non semblable à celle des fils que nous sommes eu égard à nos pères.
Tel est, pour nous, aujourd'hui, le combat de la foi. Tout être humain qui vit la vocation du chrétien, suit son Maître en cela. Nous connaissons et nous connaîtrons encore la tentation d’être détournés de l’obéissance acceptée pourtant, sur le mo
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ment, avec joie, reconnaissance et gratitude, en même temps que nous sommes et que nous serons toujours encore rendus participants de la victoire de Jésus sur la séparation d’avec Dieu qui, dans le langage biblique, s’appelle : la mort.
« J’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie afin que tu vives, toi et ta postérité » (De 30, 19), « Mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie » (Lc 15, 32).
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« JÉSUS DISPARUT »
lire Jean 6, 1-15
À défaut de des royaumes du monde et de leur gloire, la foule enthousiasmée veut, du moins, conférer la couronne de David à Jésus de Nazareth. Comme Jésus a résisté à Satan, il résiste à la foule, il s’éclipse.
Nous avons toujours tendance à vouloir nous servir de Jésus, pourtant, ce n’est pas pour endosser complaisamment des rêves qui correspondent à nos frustrations et nos projets, que Jésus est venu. Il est venu « non pour être servi, mais pour servir » (Mc 10, 45 et par.), par obéissance à celui qu’il nomme son « Père », afin que la volonté de celui-ci soit faite, non pour se mettre à la disposition de notre volonté de puissance.
Jésus n’emboîte pas le pas lorsque nous prenons sa croix pour emblème de nos diverses croisades. L’Évangile disparaît lorsque les paroles du Christ deviennent les slogans d’une secte ou les dogmes d’une Église. Il se retire, il s’éloigne, il disparaît chaque fois que de nouveaux zélateurs s’emparent de son nom pour l’inscrire à leur affiche.
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À ce stade de l’humanité, qui est celui des masses et de la mondialisation, Jésus, même ressuscité, glorieux, devenu le Seigneur, refuse d’être l’idole des foules. D’autres personnages des évangiles, à commencer par Marie, ont été enrôlés dans ces campagnes auxquelles le Christ vivant se dérobe. En revanche, comme le Samaritain, Jésus s’approche du « cœur contrit et humilié » (És 57, 15, version L. Segond).
« Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards » (Lc 17, 20).
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« S’IL EST POSSIBLE QUE CETTE COUPE S’ÉLOIGNE DE MOI »
lire Matthieu 26, 36-46
Jésus, à Gethsémani, donne tous les signes de l’humanité la plus vulnérable et pourtant nous voyons qu’il atteint ainsi le plus haut degré de la grandeur dans l’ordre humain : le sacrifice lucidement assumé.
D’autres que Jésus ont donné l’exemple d’une semblable élévation, Socrate, par exemple ou les bodhisattvas, Jésus seul le fait par obéissance à la volonté du Père. À cette heure de sa vie, Jésus, sachant qu’il n’a pas voulu éviter le piège qui lui était tendu, pourrait encore facilement éviter son arrestation. Nous pouvons imaginer que s’il avait décidé de faire retraite une quinzaine de jours dans le désert les esprits se seraient sans doute calmés.
Sa prière montre qu’il agit dans la plus grande confiance. Elle n’exprime pas la résignation, elle montre une acceptation volontaire. Pour Jésus, c’est clairement par là que passe son obéissance de Fils. Cette confiance, Jésus l’exprime doublement : lorsqu’il envisage l’éventualité d’un changement dans la direction des événements ; ensuite lorsqu’il accepte qu’il n’en soit rien.
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Aucune voix céleste ne déchire le silence de cette nuit et, pourtant, les paroles-mêmes de la prière de Jésus nous montrent que son Père ne l’a pas laissé sans réponse. L’expérience douloureuse que Jésus fait à ce moment-là n’est pas celle de l’absence de Dieu, mais celle de l’abandon des hommes en la personne de ses disciples succombant au sommeil.
« Si, méchants comme vous l’êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison, votre Père qui est dans les cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent » (Mt 7, 11).
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« SI TU ES LE FILS DE DIEU, DESCENDS DE LA CROIX »
lire Matthieu 27, 39-44
Nous sommes toujours prêts à faire notre dieu d’un homme, du moment qu’il opère le miracle que nous avons nous-mêmes fixé comme condition à notre foi en lui. Jeu puéril et cruel, qui nous juge.
À vrai dire, nous sommes disponibles pour toutes les superstitions. Vienne une propagande habile à nourrir à notre insu notre crédulité native et cela suffira pour que nous en arrivions à demander le miracle qu’on souhaite nous servir. Le Seigneur, qui a le respect de sa créature, parce qu’il est Dieu et pas un homme, ne recourt qu’au miracle qu’il a lui-même décidé, afin de frayer, pour toutes ses créatures, un chemin vers la vie. Le tombeau vide et les linges soigneusement pliés dans un coin et, non pas, le spectacle, digne du Grand Guignol, d’un supplicié descendant de sa croix.
Si Jésus avait cédé à un mouvement tout humain en cet ultime instant, il aurait succombé à la tentation dans laquelle Satan l’induisait en lui proposant de tenter Dieu en se jetant du haut du pinacle du Temple de Jérusalem. Il serait alors entré dans le panthéon des idoles et personne n’aurait jamais su ce que signifie « Fils de Dieu ». Et personne n’aurait jamais été sauvé.
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« Si quelque un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix et qu’il me suive » (Lc 9, 23).
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« TOUT ŒIL LE VERRA »
lire Apocalypse 1, 4-8
« Heureux, ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru » (Jean 20,29), qui ont cru à l’existence historique et à la messianité de Jésus. Heureux sont-ils parce qu’ils ont connu le Messie par la foi et vécu de son amour. Heureux, parce que le jour vient où la messianité de Jésus sera objet de vue pour tout être humain, où chacun de nous se sentira personnellement l’objet de l’amour de Dieu. Tout œil le verra, cela englobe les morts millénaires, universellement, et comporte la promesse qu’ils auront retrouvé des yeux de chair pour se rendre à l’évidence de la foi à laquelle ils avaient été étrangers. Ce sera le moment de la révélation. Toutes les tribus de la terre se lamenteront à cause de Jésus. J’imagine non un thrène, mais une prise au sérieux profondément ressentie, par chacun, car les peuples comme tels ou les sociétés en tant que telles ne seront jamais « chrétien-ne-s ». La foi, même dans ce moment où nous verrons, reste une relation d’ordre personnel, un échange de regards. L’Église, elle aussi, même au titre d’’institution sacro-sainte, ne « croit » pas, elle est un tissu de relations personnelles tissées entre croyants. Israël aussi verra, à ce miroir, il verra enfin qui il est et ce sera le couronnement de l’Histoire par le salut.
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« Je suis venu dans ce monde pour un jugement, pour que ceux qui ne voient point voient et que ceux qui voient deviennent aveugles » Jn 9, 39.
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« JE SUIS LE PREMIER ET LE DERNIER, LE VIVANT »
lire Apocalypse 1, 8-20
Nous commençons facilement par croire que le premier et le dernier est notre propre personne. Il est douloureux d’abandonner cette pensée enfantine, surtout lorsqu’on a la fierté d’être adulte. Certains ne se consoleront jamais d’avoir dû y renoncer. L’humanité, elle-même, a commencé par la pensée que la terre était au centre du monde et l’être humain le centre de la terre. Nous ne partageons plus ces conceptions apparentes, mais l’Homme, plus que jamais, demeure la référence centrale pour nous. Rares, sans doute, sont ceux qui savent que s’il en est ainsi, c’est que nous ne pouvons autrement. Pour beaucoup de personnes, c’est un motif d’orgueil. Cet orgueil, nous le portons comme la mort dans l’âme. Ni les découvertes ni les révolutions passées et présentes ne nous en ont délivrés. Pour changer cela, ne comptons pas d’avantage sur les découvertes et les révolutions futures (surtout si ce sont des réviolutions). Nous n’avons pas la possibilité de faire que l’être humain ne soit pas le cœur de l’humanité (ou ne croie, comme Dali, que la gare de Perpignan est le nombril du monde). Tout change lorsqu’on peut accepter que le fait historique qui a nom Jésus de Nazareth devienne le centre. Non comme l’acceptation d’un fait accompli, mais comme celle d’un
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don gratuit. Accepter que Jésus, reconnu en tant que Messie, soit le centre du monde et des mondes, n’est pas un subterfuge pour mettre Dieu à la place de l’Homme et ne doit pas couvrir une opération par laquelle l’Église se substituerait au Messie dans son rôle.
Le premier et le dernier, le Vivant, peut être connu et nommé par chacun-e : c’est Jésus de Nazareth, le christos des évangiles, le Juste par la grâce de qui il y a aujourd'hui encore un univers et une humanité. Grâce à qui cet univers et cette humanité ont une espérance.
« Voici ce que dit le premier et le dernier, celui qui était mort et qui est revenu à la vie » (Ap 2, 18).
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LE MESSIE
Les textes choisis pour former le livret de cet oratorio dénotent une profonde connaissance de la théologie évangélique du salut. Leur ensemble constitue comme un catéchisme biblique complet ramené à l’essentiel. Händel a intitulé son œuvre « Messiah » et non « Christ », conformé­ment à cette intention, j’ai, à mon tour, donné à Jésus son titre hébreu..
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L’ ANNONCE DU MESSIE
« Consolez, consolez mon peuple », dit votre Dieu.
« Parlez au cœur de Jérusalem et criez-lui que sa servitude est finie, que son iniquité est expiée, qu’elle a reçu de la main du Seigneur au double de ses péchés ».
Une voix crie dans le désert : « Préparez au désert le chemin du Seigneur, aplanissez dans les lieux arides une route pour notre Dieu ».
Ésaïe 40, 1-3
Tout le monde veut être consolé, mais qui est prêt à recevoir la consolation telle que Dieu la lui donne ? Cette consolation est reçue dans le pardon, elle appelle à des changements précis. Si nous analysons l’immense soupir de la société occidentale aujourd'hui, nous verrons qu’il est le fait d’une humanité avide de recevoir la justification de la vie telle qu’elle la vit et non telle que le Seigneur la confère. Même sous les régimes athées, les êtres humains éprouvent le besoin qu’il leur soit solennellement attesté que la vie qu’ils mènent est bonne. Beaucoup de gens réputés chrétiens ou qui se donnent pour tels cherchent une autorité instituée qui leur atteste que Dieu ratifie leur style de vie.
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De tous côtés, des consciences tourmentées cherchent un repos (un Chabbat), mais les cœurs sont-ils disposés à recevoir une parole qui émane de Dieu ? Ne refusons-nous pas de reconnaître notre responsabilité personnelle dans le mal et dans l’injustice ? La détresse spirituelle contemporaine, qui a nom nihilisme, nous atteint personnellement, elle nous touche en la personne de nos affections, les fortes paroles que nous avons inscrite en tête de cette méditation nous empêchent de penser qu’elle sera liquidée par une consolation facile et vaine, pour la raison que Dieu est le Dieu vivant.
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Que toute vallée soit exhaussée, que toute montagne et toute colline soient abaissées, que les coteaux se changent en plaine et les défilés étroits en vallon.
Ésaïe 40, 4
Jour après jour, il existe des êtres humains pour entendre retentir l’appel du prophète dans leur conscience. La voix qui les appelle à préparer le retour du Christ, à hâter la venue du Règne de Dieu. Elle leur apprend comment le Seigneur a été et est à l’œuvre dans leur propre vie et dans la société contemporaine. De cette œuvre, il se savent les bénéficiaires et, par là, les ouvriers avec Dieu. Jamais aucun d’eux n’acceptera que le monde d’aujourd'hui reste dominé par cette pensée de froid calcul qui veut que l’on ne prête qu’au riche et que le petit n’ait d’autre perspective que la révolte ou la résignation. Jamais aucun d’eux ne se découragera devant le spectacle de la technologie transformant le monde par des entrepreneurs de travaux publics qui répondent au tableau tracé par celui que nous appelons aujourd'hui le Second Ésaïe, entreprises qui, au demeurant, restent tout extérieures et n’ont nulle part pour effet d’apporter la justice.
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Des êtres humains qui entendent retentir l’appel de l’Évangile dans leur for intérieur, il s’en trouve aujourd'hui de tous les âges et sous toutes les latitudes. Sans se connaître, ils ont conscience de leur nombre et de l’universalité de leurs origines. S’ils se rencontrent, ils font connaissance en peu de temps, car rien ne rapproche et ne lie autant que de vivre une commune espérance.
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temps de l’Avent
Alors la gloire du Seigneur sera révélée et, au même moment, toute chair le verra, car la bouche du Seigneur a parlé.
Ésaïe 40,5
L’œuvre du Seigneur échappe à tous ceux qui ne sont que spectateurs. S’il n’en était pas ainsi, son ouvrage ne serait pas libre et son action ne se déroulerait pas souverainement. Son œuvre ne tombe sous le jugement de personne. Elle apparaît à tous ceux qui sont, eux-mêmes, entrés dans ce travail en répondant à l’appel de la parole de Dieu.
Il en était ainsi en Israël déjà, à l’époque où l’attente du Messie naissait en son sein. Il en était de même du vivant de Jésus, en Israël. Il en est de même aujourd'hui dans notre monde et même dans l’Église où tous ne sont pas compagnons d’œuvre et beaucoup restent spectateurs.
À l’heure qu’il est, nous sommes plus proches du jour où il en ira tout autrement. Où tout être humain verra le Seigneur tel qu’il est (dans sa gloire) où il ne sera plus possible, pour personne, d’avoir une attitude de spectateur. Tous découvriront que leur destinée dépend de la grâce et désireront entrer dans la gloire (devenir pleinement eux-mêmes).
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Le Seigneur nous donne ainsi le privilège d’espérer en la promesse d’une réalité qui existe déjà. Grâce à lui, nous n’attendons jamais son secours dans la solitude et l’inaction.
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temps de l’Avent
Ainsi parle le Seigneur des armées : « Encore un peu de temps et j’ébranlerai les cieux et la terre, la mer et le sec ; j’ébranlerai toutes les nations les trésors de toutes la nations afflueront » ;
Aggée 2, 67 a
« Et, soudain, entrera dans son Temple le Seigneur que vous cherchez et le messager de l’alliance que vous désirez. Voici, il vient dit le Seigneur des armées ».
Malachie 3, 1 b
Pour nous, ces paroles sont réalisées aujourd'hui. La nature a été ébranlée lors de la naissance de Jésus ; par sa maîtrise sur la maladie et la mort ; au moment de sa résurrection. Les nations ont été ébranlées par l’obéissance des hommes au Seigneur ressuscité.
Si nous en restons peu convaincus, ce n’est pas parce que nous assistons au spectacle des cieux et de la terre, comme des nations, secoués par la puissance ou la colère de la nature ou des êtres humains, mais parce que nous y assistons avec une mentalité déficiente. Résultat d’une éducation religieuse qu’aucune conversion personnelle n’a vivifiée, où, ce que nous prenons pour la foi n’est qu’un sentiment imprécis de religiosité. Résultat également d’une culture, scientifique à demi, d’où nous tirons l’idée que la nature, puissance rationnelle et positive, est le dernier mot de toute réalité.
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En dépit de tout cela, les ondes provoquées par l’événement initial de la Nativité n’ont pas fini de s’étendre. L’une après l’autre, nos consciences reçoivent le Seigneur qu’elles cherchaient dans toutes sortes d’autres directions avant de comprendre qu’il suffit de s’ouvrir à Celui qui nous appelle par notre nom.
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temps de l’Avent
« Qui pourra soutenir le jour de sa venue ? Qui restera debout quand il paraîtra ? Car il sera comme le feu du fondeur. Il purifiera les fils de Lévi, et ils présenteront au Seigneur des offrandes de justice ».
Malachie 3, 2-3
Ceux qui ont été saisis par la parole de Dieu et qui ont fait l’expérience de cette lumière qui éclaire les structures souterraines, soigneusement cachées, de notre personnalité, n’ont aucune peine à comprendre qu’il y aura un jour pour la venue de Dieu, et que ce jour sera redoutable.
Ils se sont trouvés déchiffrés par une simple parole lue dans leur Bible et ont découvert sur quel mystère de sang et de boue leur être flottait. Ils se sont trouvés engagés dans le vis-à-vis redoutable de la prière ; ils ont déjà vécu le combat qui constitue la relation personnelle avec le Dieu vivant.
Pourtant, depuis que Dieu est venu à nous sans colère, sans emprunter le canal des cérémonies lévitiques, mais, naissant d’une femme et vivant sous la Loi , nous attendons et nous hâtons la venue de ce jour (2 Pi 3, 12). Ce n’est pas sa vengeance, mais sa sainteté que nous avons à redouter dans cette rencontre : telle est la Bonne Nouvelle. Non seulement les cérémonies juives, mais toute espèce de cérémonie, ont été rendues caduques par l’événement du Golgotha.
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L’obéissance de la croix, telle est l’offrande que le Seigneur a agréée. Membre de la tribu de Lévi par sa mère, si l’on en croit l’Évangile selon Luc (la parenté de Marie avec Zacharie et Élisabeth), Jésus n’a cependant été qu’un simple Juif en Israël. Depuis, bien qu’il n’existe plus de fils de Lévi au sens de serviteurs du Temple, il en existe selon l’esprit : tout simple être humain qui vient à l’obéissance de la croix (et à la théologie de la croix) est fait enfant de Dieu, ce qui est un titre sans égal.
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temps de l’Avent
« Voici, la jeune femme sera enceinte, elle enfantera un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel, ce qui signifie : Dieu au milieu de nous ».
Ésaïe 7, 14 (Matthieu 1, 23)
En aucun autre passage, peut-être, le Premier Testament n’a approché d’aussi près l’actualité de la vocation du peuple d’Israël, ni, tout simplement, celle de la personne de Dieu.
Ce que le prophète a « pensé dire » en prononçant ces paroles, nous ne pouvons prétendre en décider avec certitude. Mais, ce que Dieu, lui, a voulu dire, il l’atteste dans les événements qui font l’objet des Évangiles : en Jésus de Nazareth, le Dieu saint nous a visités.
Seuls, des événements qui surgissent toujours à nouveau et s’imposent (encore qu’ils ne surviennent jamais de façon à frapper les regards, Lc 17, 20) font de la réalisation de cette prophétie plus encore qu’un fait historique : une réalité présente. Mais n’allons pas penser que, pour autant, la sainteté de Dieu soit à notre disposition.
À qui nie ce fait, tout, sans doute, paraît clair, mais d’une clarté qui exige en échange la reconnaissance du néant et l’acceptation que toute histoire, individuelle et collective, n’est que vanité - ce qui est, sans qu’on y prête attention, la source moderne des sacrifices humains - . Pour ceux qui, en Christ, sont devenus lumière, le mystère subsiste parce que la lumière rayonne sans s’éclairer elle-même, sinon, elle s’éteindrait.
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Les conduites intéressées sont admirablement claires et impitoyables, les actions généreuses, en revanche, prêtent à discussion. Croire qu’aucun intérêt ne les dicte, équivaut à admettre des faits sans explication. C’est pourquoi, nombreux sont ceux qui ne saisiront jamais la vérité des actes de Dieu. Soit qu’ils en acceptent la réalité sans y réfléchir, soit qu’ils butent sans cesse contre elle, car « Dieu est amour » (1 Jn 4, 8). Et dans l’amour tout est don.
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temps de l’Avent
« Monte sur une haute montagne, Sion pour publier la bonne nouvelle ; élève avec force ta voix, élève ta voix, ne crains rien, dis aux villes de Juda : Voici votre Dieu, lève-toi, sois éclairée, car ta lumière est arrivée et la gloire du Seigneur se lève sur toi ».
Ésaïe 40, 9 et 60, 1
Si nous mettons à part l’Horev du Sinaï, au sommet duquel Moïse a reçu la Tôrâh et la colline de Sion où était bâti le Temple de Jérusalem, à l’époque où le prophète exhortait à monter sur une haute montagne pour que la nouvelle de la venue du Seigneur reçoive une plus large audience, les montagnes avaient le plus souvent mauvaise réputation. Les sommets servaient de hauts-lieux. On pensait que les divinités y mettaient pied à terre lorsqu’elles daignaient descendre du ciel à la prière des humains. C’étaient les lieux de prédilection pour les cultes parfois licencieux, parfois inhumains, toujours superstitieux, du paganisme.
Aujourd’hui, nous n’hésitons plus à nous servir des techniques de diffusion modernes pour la prédication de l’Église, mais sommes-nous bien sûrs que l’esprit qui préside à l’ensemble des médias ne contamine pas l’esprit de nos prestations ? Rappelons-nous la thèse de H. M. McLuhan : Le messager tend à devenir le message. À tout le moins, des intermédiaires s’introduisent et attirent sur eux l’attention ou même l’admiration, nous pouvons être tentés d’en jouer comme des bateleurs sur leur estrade.
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Il nous faut sans cesse nous livrer à une nouvelle ascèse : ne pas oublier que nous nous insérons entre toutes sortes d’autres émissions qui font entendre la voix de la terre, que, dans l’esprit de l’auditeur, le contexte médiatique risque de se substituer à ce que nous annonçons, que l’autorité du média (« Vu à la télé ») supplante celle de la parole de Dieu.
En dépit de la mauvaise réputation des montagnes, le prophète est appelé à proclamer la bonne nouvelle de la venue du Seigneur du haut de l’une d’elles.
Tout est dans la manière dont nous procéderons, tout dépend de l’esprit dont nos émissions témoigneront. Si nous pouvions faire d’elles cette chambre particulière, au sein de la ruche bourdonnante de la maison médiatique, chambre sur laquelle nous pourrions fermer la porte avec ceux qui se sont branchés à ce moment-là pour retrouver, en dépit de tout ce qui nous entoure, le Père qui nous rencontre dans le secret (Mt 6, 6) !
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temps de Avent
« Voici, les ténèbres couvrent la terre et l’obscurité les peuples, mais sur toi, le Seigneur se lève, sur toi, sa gloire apparaît ».
Ésaïe 60, 2
Où le prophète puise-t-il la hardiesse de prononcer ces paroles alors que l’histoire d’Israël a abouti à l’Exil ? Il puise cette force à la même source que nous lorsque nous parlons de l’aide de Dieu dans les épreuves ou de la résurrection devant une tombe ouverte.
Du milieu des incroyants qui nous entourent, émerge une élite qui nous donne l’exemple du courage physique et intellectuel et de l’accomplissement humain auquel il conduit. Nous pouvons témoigner que ce courage n’est pas tout. Il y a dans la foi, dans l’amour et dans l’espérance un courage de l’esprit qui trouve son appui sur Celui qui est Esprit et Vie (Jn 6, 63).
Nous pouvons admirer le courage physique et intellectuel dépensé par des personnes qui refusent tout secours divin dans la lutte entreprise contre nos propres ténèbres humaines, contre l’obscurité et l’injustice du monde. Nous voyons cependant que chacun fait ici la lumière qu’il peut et la colore selon la teinte de ses choix profonds. Aujourd'hui, tout le monde peut prétendre à la lumière ; les athées à celle de la raison, les fanatiques à celle que leur apporte le héros de leur choix, les gens de petite foi à celle qui rayonne de la foi des autres, les indifférents, à celle du soleil (quand il est là).
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Pour autant, tous ces feux croisés ne font pas une grande aube. Le Seigneur, pas sa Parole, nous ouvre les yeux et nous voyons alors la lumière.
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temps de l’Avent
« Sur toi, le Seigneur se lève, « sur toi, sa gloire apparaît, des nations marchent à ta lumière et des rois à la clarté de tes rayons ».
Ésaïe 60, 2-3
L’histoire du christianisme rapporte, en effet, qu’autrefois des nations et leurs chefs ont cessé de marcher à leur propre lumière pour marcher à la suite du Christ, que des terres entières sont devenues chrétiennes. D’autres nations et d’autres rois ont marché à la lumière d’autres héros religieux ou à celle des idéologies de chefs charismatiques, subjuguant des foules et faisant passer ces mêmes terres, et d’autres encore, sous leur loi.
Les abus qui en ont découlé nous ont amenés, en Occident du moins, à séparer le théologique (ou l’idéologique) et le politique. L’annonce de l’Évangile demeure, mais elle a entièrement changé. Elle a retrouvé le sens de la gratuité de ce qui est au-delà de toute valeur appréciable par nous. Non seulement son service ne coûte rien, mais ses intentions doivent être libérées de nos égos.
Au lieu de chercher à obtenir des conversions, à recommencer le Livre des Actes à chaque nouvelle génération, nous avons réappris à tout quitter sans savoir sur quel itinéraire l’appel du Seigneur veut nous conduire (Hé 11, 8). Vivre la Pentecôte en vérité, c’est discerner les esprits : nos réflexes de conservation ou d’épa­nouis­sement personnel, nos désirs de conquête ou de re
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conquête, la tentation de manipuler les gens. Ce n’est pas annoncer le Christ que d’annoncer l’Église ou la Réformation ou notre Réveil ou encore, tout simplement « le christianisme ». Prendre ses désirs pour la volonté du Seigneur, c’est ne pas s’apercevoir de la confusion entre notre accomplissement personnel et la croissance du Christ dans le monde.
Chaque fois que notre humanité a vu la gloire de Dieu briller sur la face de Christ (non sur la nôtre ou celle d’une institution ecclésiale), serait-ce par une échappée, elle ne l’a jamais oublié. Elle n’a cessé d’en attendre la complète réalisation. Notre prière est que le Seigneur purifie la réponse que nous donnons à son appel, que notre témoignage soit sans équivoque, que nous combattions au moins le combat de la foi, non le nôtre ou celui d’autres individus, quelle que puisse être leur valeur ou leur importance.
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temps de Avent
Le peuple qui marchait dans les ténèbres voit une grande lumière ! Sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre et de la mort, une lumière resplendit.
Ésaïe 9, 1
Notre humanité marche dans les ténèbres, parce qu’elle est composée de ces êtres humains qui ne font pas le bien qu’ils veulent et font le mal qu’ils ne veulent pas (Rm 7, 19).
Nous avons réussi à éclairer nos ténèbres humaines, non seulement grâce à l’électricité, mais aussi par le regard lucide – vite cynique- jeté sur soi, sur autrui, sur le monde et sur l’histoire. Pourtant, des ténèbres éclairées restent des ténèbres. Nous nous instruisons plus, nous améliorons nos conditions d’existence, nous prolongeons la vie humaine, mais sortons-nous du pays de l’ombre et de la mort tant que nous n’avons pas été transférés dans celui de la grâce ?
La lumière dont parle la Bible est l’amour de Dieu. Amour que Jésus nous a révélé dans sa vie et dans sa mort. Nous pouvons vivre dans cette lumière même si nous sommes dénués de beaucoup de choses, infirme, malade, solitaire ou peu instruit.
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L’amour est communicatif, celui qui est aimé peut aimer à son tour et, dans la contingence-même de notre humaine condition, nous sommes aimés.
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temps de l’Avent
Car un enfant nous est né, un fils nous est donné et la domination reposera sur son épaule. On l’appellera « Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la Paix ».
Ésaïe 9, 5
Le prophète « brûle », comme on dit au jeu de cache-tampon. Pour la seconde fois, il touche au cœur de la vocation d’Israël et met si bien le doigt dessus que, déjà, cela devient la chose au monde la plus simple : un enfant nous est né, un fils. Ésaïe a en vue la pérennité du trône de David selon la chair (comme dirait Paul), mais, ses paroles ne seraient pas celles d’un prophète biblique si elles ne le dépassaient pas, jusqu’à annoncer un successeur de David selon l’Esprit. Les titres qu’il attribue à ce rejeton royal vont dans ce sens.
Il faut n’avoir jamais rencontré le regard d’un petit enfant pour penser que l’éclosion d’une vie humaine peut être un événement sans mystère. C’est la Parole prononcée à l’avance sur cet enfant qui enlève tout doute sur sa personnalité : Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la Paix.
Jésus a été admirable lorsqu’il a été tenté comme nous, mais avec des tentations propres au Messie, et les a repoussées par la parole de Dieu. Conseiller, il l’est par l’Esprit qui repose sur lui, émane de lui. Dieu puissant, il l’a montré face au péché, à la maladie, aux éléments. Admirable encore, dans son obéissance au
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Père, jusqu’à accepter la mort sur une croix. Paradoxe de cet enfant, né sous César-Auguste, Ponce Pilate étant procurateur de la Judée, qui est Père éternel, né un jour de notre histoire humaine et débordant toute humaine mémoire. Pour finir : réelle présence d’une paix souveraine dans ma vie, dans la vôtre, dans l’histoire convulsive de l’humanité.
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Nativité
LA NAISSANCE DU MESSIE
Il y avait dans cette même contrée des bergers qui passaient dans les champs les veilles de la nuit. pour garder leurs troupeaux. Et voici, un ange du Seigneur leur apparu et la gloire du Seigneur resplendit autour d’eux. Ils furent saisis d’une grande frayeur.
Luc 2, 8-9
Les bergers, même s’ils avaient la réputation de n’être pas de stricts observants des commandements de la Tôrâh, partageaient l’attente messianique d’Israël. Cette foi n’empêche pas une réaction de recul au moment où l’événement se produit. Chaque fois que la parole de Dieu s’actualise, nous faisons l’expérience de la surprise : cela ne se passe pas comme nous l’avions imaginé.
C’est dans cette contrée, à ces homme-là, à cette heure, en ces circonstances, et par le moyen que nous voyons, que ce que nous considérons comme l’acte capital du salut a été divulgué.
Le Seigneur n’est pas seulement fidèle à sa parole parce qu’il la réalise, mais lorsqu’il le fait d’une manière fidèle à Lui-même, choisissant les lieux, les temps, les protagonistes, les moyens en dehors de tous nos pronostics.
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Nativité
Mais l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car je vous annonce une bonne nouvelle qui serapour tout le peuple le sujet d’une grande joie : C’est qu’aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur ».
Luc 2, 10-11
Au moment où les bergers sont avertis d’un événement qui marquera l’histoire du monde de façon décisive, j’imagine que les gens de l’époque qui se situaient « dans le vent », comme on dit, recevaient pour toute pâture spirituelle les dernières rumeurs qui se colportaient au sujet des scandales de la famille des Hérodes.
Parce que nous avons des téléphones portables, des télévisions, internet, nous vivons dans l’illusion que nous sommes civilisés. Nous savons faire fonctionner appareils, engins et machines sans être capables de posséder même les rudiments de la culture mathématique qu’implique leur réalisation. Nos esprits, requis par les leviers, les manettes, les pédaliers, ne sont guère visités par l’invention. Nous savons tout des gens et des événements et nous ignorons qu’il y a une parole de Dieu qui a reçu et qui reçoit chaque jour, non loin de nous, mais d’une manière non spectaculaire, sa réalisation dans la vie de personnes en tout point semblables à nous. Une Parole qui peut changer notre histoire à tous. Nous avons peine à croire que des « paroles », parce qu’elles ont été réalisées en Jésus Christ et par lui peuvent trouver aujourd'hui leur réalisation dans nos existences personnelles. Les chansons ininterrompues, les bavardages à jet continu et les marionnettes sans fil de la télévision nous font passer toute notre vie à côté de l’essentiel : écouter l’Évangile dans la calme et accepter un jour, pour soi, la résurrection et la vie.
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Nativité
Et soudain, il se joignit à l’ange une multitude de l’armée céleste, louant Dieu et disant : « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts et paix sur la terre parmi les hommes qu’il agrée ».
Luc 2, 13-14
L’homme moderne s’insurge contre l’idée que le message de la Nativité puisse ne s’adresser qu’à des élus : ceux parmi les êtres humains que Dieu agrée.
Est-ce bien le sens de cette annonce ? Elle concerne, au premier chef, la réalisation de l’attente du Messie. Jésus est le seul être humain dont nous puissions dire que Dieu l’agrée, mais s’il est l’Élu par excellence que Dieu agrée, en lui, c’est l’Homme, l’humanité entière, qui se trouvent l’objet de sa bienveillance.
Paix sur la terre pour tous les humains (et, par là, pour toute la planète), heureux ceux qui peuvent avoir entendu ce message !
Grâce à l’obéissance de Jésus et en lui, tous les êtres humains sont agréés. Progressivement, l’humanité entière est appelée à en prendre conscience. Le revers de cette grâce est la confiance que l’être humain prend en lui-même. Confiance dont les racines plongent dans la Bonne Nouvelle, mais que nous détournons pour en faire une confiance de l’Homme en l’Homme.
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Partager le don universel de Dieu ne suffit pas pour avoir la paix, nombreux sont ceux qui, mettant leur espoir en eux-mêmes, nous le démontrent. Un ciel bleu ne met pas automatiquement la joie dans tous les cœurs. C’est à école du Christ que nous apprenons à avoir la paix. Ce qui fait obstacle à notre épanouissement a un nom dans le Nouveau Testament : c’est une « croix ». À nous de la prendre et de la porter, de nous entraider à la porter. Ainsi la paix peut-elle être donnée et vécue alors que sévissent les guerres les plus constantes, les plus sournoises et les plus cruelles.
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Nativité
« Gloire à Dieu dans les lieux très hauts et paix sur la terre parmi les hommes qu’il agrée »
Luc 2, 14
Si tu t’imagines avoir la paix, détrompe-toi. Tu ne peux pas jouir de la paix quand des guerres ne cessent de ravager le monde, quand des mères, des pères et des enfants sont malnutris, sans instruction, méprisés, emportés par des maladies, des accidents, des cataclysmes, quand les richesses du monde restent si mal partagées, quand, chaque jour, par l’inefficacité de tout, des millions de jeunes se perdent spirituellement, moralement et physiquement.
Tu ne peux pas avoir la paix, être en paix, simplement parce qu’un ordre apparent -ou réel, mais précaire- règne dans ta vie, dans ta famille, dans ta paroisse, dans ta ville, dans ton quartier. Non, tu n’as pas la paix, mais, plutôt, une conscience endormie.
Si tu n’as pas la paix, pour toutes les raisons que l’on vient de dire ou parce que tu te trouves directement menacé, alors tu es en bonne posture pour la recevoir : si tu te sens pauvre, approche-toi d’un plus pauvre ; si tu es dans le deuil, console ceux qui sont dans le deuil ; si tu te trouves mal aimé, cherche à aimer ; si tu estimes être une victime, viens en aide aux autres victimes ; si tu as lieu de te plaindre de ton Église, ouvre ton cœur dans la prière auprès de celle ou de celui qui ne peut pas prier.
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C’est ainsi que tu recevras la paix de Dieu, car le don de la Nativité n’est pas le cadeau puéril d’un Père Noël, le bonheur inespéré qui peut faire le malheur d’autrui, la chance à laquelle on se fie ; le don de Dieu, qui nous est fait en Jésus Christ, se réalise dans le don de soi.
Il n’y a pas de plus grande gloire que d’être Celui qui fait aux humains le don de se donner.
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le temps de la Bonne Nouvelle
LA BONNE NOUVELLE
« Alors s’ouvriront les yeux des aveugles, s’ouvriront les oreilles des sourds ; alors le boiteux sautera comme un cerf et la langue du muet éclatera de joie ».
Ésaïe 35, 5-6a
La guérison et la joie, tout l’Évangile est là.
Mais que les yeux de l’aveugle s’ouvrent pour donner corps à ses convoitises, cela vaut-il la peine ? Si, en même temps que le regard, un cœur pur pouvait être créé ! Les oreilles du sourd s’ouvrent, du coup, le mépris qu’il devinait dans des gestes ou des attitudes, il le reçoit de manière explicite, de plein fouet. C’est bien autre chose lorsque nos oreilles ont été ouvertes par l’opération intérieure d’une parole de grâce porteuse du pardon et du don de pardonner. Heureux le boiteux lorsqu’il peut contempler ses deux jambes parfaitement symétriques et éprouver l’impres­sion de force que procure la détente de deux membres accordés ! Mais s’il arrive que, sur ses jambes neuves, il parte d’un pied plus léger répandre le sang à la guerre ? S’il faut qu’elles le portent plus aisément là où se traitent des malversations ? Heureux celui qui reçoit sa vocation avant même l’usage de ses membres ! Rien de plus beau que la langue du muet si elle
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se délie pour chanter et pour bénir. C’est là que le Christ a mis sa marque authentique alors que chez tant d’êtres humains pourvus d’une langue bien pendue, celle-ci ne sert qu’à déverser le trop plein d’un esprit futile et d’un cœur indiscret.
Après les guérisons opérées par le Christ, longtemps après, sont venues celles de la médecine et de la chirurgie que nous connaissons. Mais ces guérisons extérieures, professionnelles, font-elles naître la gratitude ? Entre temps, nous avons perdu la joie.
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le temps de la Bonne Nouvelle
« Sois transportée d’allégresse, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem !
Voici, ton roi vient à toi ; il est juste et victorieux, il est humble et monté sur un âne. »
…………………………………………… « Et il annoncera la paix aux nations. »
Zacharie 9, 9-10
Le Messie annonce la paix à Israël, mais aussi aux nations. Il a rompu le cercle sacro-saint des nationalismes. Il a apporté le salut, le salut qui « vient des Juifs » (Jn 4, 22), à l’officier romain de Capharrnaüm qui avait si bien l’habitude de commander. Il a apporté le salut à la femme païenne, venue du territoire de Tyr et de Sidon, prête à quêter les miettes du festin familial d’Israël. Dans ces deux circonstances, le miracle ne se borne pas à la guérison qui couronne chacune de ces deux rencontres, il réside dans la foi que Jésus suscite chez le centenier romain ou chez la femme païenne, une foi dont il a connu peu d’exemples en Israël même. La paix apportée aux nations, c’est l’ouverture du champ de Dieu aux dimensions du monde où perce le germe d’une humanité nouvelle : celle de la foi. Jésus a même conversé avec la femme rencontrée au puits de Sychar, alors qu’en Israël, on tenait les Samaritains et les femmes à l’écart. Dans ce dernier cas, il n’y a pas eu de miracle et peut-on même parler de foi ? La
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femme Samaritaine est tellement prise par ses soucis terre à terre et préoccupée par les désordres de sa vie conjugale qu’elle ne comprend pas la portée des paroles de Jésus ; c’est cependant par son modeste témoignage : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait » (Jn 4, 39) que les gens de son village découvriront le « Sauveur du monde » (Jn 4, 39-41).
La joie de l’Église, c’est que la paix n’est pas liée qu’à l’ordre du monde, mais à la présence de l’amour du Christ. C’est lui qui brise les cercles dans lesquels nos vies humaines sont enserrées par l’ordre du monde issu d’un désordre précédent et annonciateur d’une prochaine remise en cause.
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le temps de la Bonne Nouvelle
« Comme un berger, il paîtra son troupeau, il prendra les agneaux dans ses bras et les portera en dans son sein, il conduira les brebis qui allaitent ».
Ésaïe 40, 11
À combien de mercenaires et de faux bergers, ne nous sommes-nous pas donnés lorsque nous avons refusé Jésus Christ ? Peut-être pourrait-on dire que l’illusion la plus tenace est celle de la liberté. Rien de plus vrai que les paroles de Paul pour qui le choix n’est pas entre Dieu et la liberté, mais entre le service de deux maîtres : ou la justice de Dieu ou la tyrannie de nous-mêmes (Rm 6, 15-23). Nous aurons toujours des maîtres parce que nous sommes dans la situation d’êtres responsables. Celui qui refuse Jésus Christ sait-il ou ne sait-il pas ce qu’il fait (Lc 23, 34) ? Il n’est pas question de s’anéantir devant la Divinité, mais d’accepter que, pour nous sauver, Jésus ait donné sa vie. L’Évangile a accompli la prophétie d’Ésaïe et bien au-delà. À combien de paternalismes sentimentaux ou durs n’irons-nous pas nous vouer parce que nous ne voulons pas du Père en qui nous sommes libérés de toutes nos tentations d’asservissement de notre semblable. L’appel des chefs de guerre recevra-t-il toujours plus d’écho que celui du berger qui rassemble le troupeau qui lui appartient ?
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le temps de la Bonne Nouvelle
« Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur et vous trouverez du repos pour vos âmes »
Matthieu 11, 28-29
Le joug du Christ, c’est la loi d’amour. Ce que nous admirons dans la réponse de Jésus à la question des pharisiens sur le plus grand commandement (Mt 22, 34-40), ce n’est pas le maître versé dans les Écritures. L’idée de réunir la parole du Deutéronome sur l’amour de Dieu (De 6, 5) avec celle du Lévitique sur l’amour du prochain (Lé 19, 18), coule de source. Elle donne forme à une pensée et une action de Jésus qui avaient déjà, dans la pratique, réalisé ce double et unique amour. Jésus vivait cet amour dans le moment-même où ses contestateurs cherchaient à le prendre en défaut.
Il est un peu schématique d’opposer les « croyants » qui aiment Dieu en parole sans que cela constitue une exigence envers leurs semblables et les « athées » qui agissent pour la justice sociale et récusent Dieu, mais il y a du vrai en cela. Qui plus qu’un chrétien sera sensible à la critique de Jésus s’adressant aux pharisiens : « Ils disent et ils ne font pas » (Mt 23, 3) et à qui, plus qu’aux chrétiens, aura-t-on opposé les « athées qui font mieux
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qu’eux » ? Nous devons cependant nous demander comment celui qui n’aime pas Dieu aime son prochain. Nous ne doutons pas qu’il aime, mais nous nous demandons : « de quel amour ? » N’y a-t-il pas un amour de l’humanité opprimée qui se double d’une haine contre ceux qui sont réputés être les oppresseurs, au nom d’une condamnation « historique » ? Les nantis aussi sont aimés de Dieu. Cela ne veut pas dire qu’ils sont justifiés comme tels, mais, qu’eux aussi ont besoin de cette transformation spécifique que produit l’amour de Jésus Messie. D’un autre côté, si nous voulons que les opprimés ne prennent pas une mentalité de privilégiés (ou ne deviennent pas oppresseurs, à leur tour), il est nécessaire qu’ils se sachent aimés d’un amour immérité.
La grande crise de l’humanité ne vient pas de ce que l’amour pour Dieu et l’amour pour le prochain sont toujours séparés en deux camps. Elle provient plutôt de ce que, à un moment donné de l’histoire, ils ont été si parfaitement unis dans la personne de Jésus.
Jacques Gruber
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le temps de la Bonne Nouvelle
« Mon joug est doux et mon fardeau léger. »
Matthieu 11,30
Jésus parle de la terre, de la peine et de la souffrance des hommes. Pour lui, parler de la terre, c’est annoncer le royaume de Dieu. Son joug et doux et son fardeau léger parce qu’il s’agit du commandement d’amour à partir duquel la souffrance et la peine de la vie terrestre ont cessé d’être les signes d’une malédiction originelle : « Tu enfanteras dans la douleur », « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front » (Ge 3, 16-19).
Instinctivement, nous cherchons à nous débarrasser de la souffrance et de la peine. Nous sommes tentés de donner foi aux voix qui nous assurent que l’être humain est capable de se libérer lui-même de la douleur et de l’effort pénible. Pourtant, éliminer la souffrance et la peine n’est pas en finir avec la malédiction. On ne supprime pas une réalité en en supprimant les signes. Nous pourrons plus tôt en finir avec la conscience qu’avec la malédiction. L’ennui et le dégoût, la tentation du suicide, peuvent hanter nos vies libérées de l’insécurité, affranchies de tous les préjugés, indépendantes, purifiées des superstitions.
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Mettre en pratique l’amour du prochain, nous expose à bien des souffrances, à bien des peines, mais c’est les vivre en bénédiction. Supporter la souffrance et la peine lorsque, de cette façon, suite à cela, elles sont devenues des signes de bénédiction c’est porter le joug facile et le fardeau léger du Christ.
Jacques Gruber
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Le temps de la Passion
LA PASSION DU MESSIE
« Voici l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde. »
Jean 1, 29
Pour la Bible, la conscience du péché est venue au monde avec la chute. Depuis, il y a toujours eu un peuple de Dieu pour s’en laisser convaincre. Dans le monde des religions, on a recours au sacrifice pour effacer la faute et Jean-Baptiste désigne Jésus pour cela.
Il peut sembler plus simple de supprimer le péché en le niant que d’accepter l’idée d’un rachat sacrificiel. C’est l’attitude générale aujourd'hui. Certes, l’homme est un loup pour l’homme, mais la faute en revient à la société, aux circonstances. En changeant ces dernières, le loup disparaîtra. Pour cela, il suffit d’appliquer un remède homéopathique : chasser la sauvagerie par la loi de la jungle. Demain, une mutation se produira, l’homme deviendra un homme pour l’homme.
Qu’on nous pardonne, si nous ne croyons pas à ce mythe. L’Évangile témoigne que, dans les conditions de vie de l’Antiquité proche-orientale, Jésus a été un homme pleinement humain. Il y est parvenu par la voie de la sainteté et de l’amour, acceptant d’être l’agneau au milieu des loups pour le salut du troupeau et même pour celui du loup.
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En niant le péché, nous pouvons avoir l’illusion de l’avoir supprimé, mais de Jésus, il est plus difficile de se débarrasser : il occupe une place dans l’histoire. À défaut de pouvoir le liquider historiquement, on peut le disqualifier. Cela a commencé de son vivant. Or, il se trouve que la Croix n’a pas être à expiée par l’humanité, elle est l’expiation opérée pour elle. La mort de Jésus, emblématique de tous les assassinats, légaux ou non, ne réclame pas vengeance, Jésus ne l’a pas voulu, il demandé à Dieu le pardon pour ses bourreaux (Lc 23, 34). L’œuvre de la bonne conscience athée relaie celle de la bonne conscience dévote : elle exige des sacrifices. Et l’agneau de Dieu reste, au centre de l’histoire, celui qui ôte le péché du monde.
Jacques Gruber
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Le temps de la Passion
« Méprisé et abandonné des hommes, homme de douleur, habitué à la souffrance, il a livré son dos à ceux qui le frappaient et ses joues à ceux qui lui arrachaient la barbe, il n’a pas dérobé son visage aux ignominies et aux crachats ».
Ésaïe 53, 3a et 50, 6
Jésus n’est, hélas, pas le seul Juif ni le seul humain à souffrir la persécution, l’humiliation, le supplice. Pourtant, ses souffrances et sa mort sont uniques.
Ce ne sont pas les traitements que l’on inflige à Jésus qui constituent une nouveauté. De temps immémorial, les condamnés ont été livrés aux outrages de leurs gardiens et la croix n’a pas été inventée pour le cas particulier de Jésus de Nazareth. Ce qui est unique, c’est la personne de Jésus. Parce qu’ils sont appliqués à cette personne, ces traitements constituent une série à part, nous pourrions dire : une célébration unique en son genre.
L’être humain n’a pas la possibilité de vivre une existence conforme à sa fantaisie, mais il a le pouvoir de conférer à tout ce qui lui arrive la marque de sa personnalité propre, de vivre ce qui lui survient dans son style particulier.
Le Fils de l’homme, qui était en puissance de se faire obéir par tous, s’est soumis à la volonté des hommes et a accepté la sentence qui était prononcée contre lui. Ce faisant, il a transformé les hommes, les circonstances et l’événement.
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Jésus n’a pas résisté aux personnages du drame parce qu’il résistait aux puissances, aux autorités, aux dominations qui les manipulaient par derrière.
Nul n’avait le pouvoir de réduire Jésus à l’abjection sans faire de lui le centre de la scène. La place du supplicié se trouve être celle du roi (Mt 27, 37) : au centre et au-dessus des autres. Mais quand le supplicié est déjà le roi (Jn 18, 33-38), cela double l’effet et s’il est le roi des rois (Ap 19, 16), on obtient un effet d’une portée infinie.
Jacques Gruber
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Le temps de la Passion
« Ce sont nos souffrances qu’il a portées, c’est de nos douleurs qu’il s’est chargé ».
Ésaïe 53, 4
Jésus a connu nos peines. Il a eu faim, il a eu soif, il a couché sur la dure, il a connu la fatigue et la déception, il a rencontré l’incompréhension et l’hostilité, la malveillance et la calomnie, il a pleuré sur la mort de son ami Lazare et sur Jérusalem, la ville qui lapide ses prophètes.
Si Jésus n’avait été qu’un être divin partageant pour lui-même la condition humaine, les paroles d’Ésaïe continueraient de désigner un Messie qui n’est pas encore venu. Jésus, lui, réalise la parole du prophète. Non parce qu’il a vécu, lui le Seigneur, la vie des créatures humaines dans un abaissement sans dégradation ou parce qu’il aurait souffert la passion, mais parce qu’ il a porté nos souffrances, celles que vous et moi nous éprouvons aujourd'hui, celles qu’endurent les peuples en mal de développement ou en guerre, ou les êtres humains dans l’épreuve.
Le mal, la maladie, l’ignorance, l’erreur et la mort, aussi bien que le bonheur, la paix, la science, la technique et la santé, continuent de définir notre condition d’êtres humains. Nos souffrances et nos douleurs ont été portées –vécues- par Celui qui, à cause de cela, est le Christ pour nous. Les peines endurées pendant sa vie publique, la mort et la résurrection de Jésus forment un tout où la mort, source de toute souffrance, est engloutie.
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La résurrection de Jésus se vit dans notre vie quotidienne comme la fin de nos souffrances. C’est un apaisement d’un autre ordre que celui que procurent les analgésiques (néanmoins bienvenus), les calmants ou les tranquillisants. C’est une véritable guérison, mais d’une autre nature que le seul retour des forces et de la santé. C’est une victoire de la grâce sur la force, de la foi sur le péché.
Jacques Gruber
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Le temps de la Passion
« Il était blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquités, le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris ».
Ésaïe 53, 5
Jésus n’a pas seulement porté nos souffrances, il a enlevé le péché, non seulement le nôtre, mais celui « du monde » (Jn 1, 29).
Celui qui n’a aucune conscience de ce que la Bible (non n’importe quel autre discours) appelle le péché comprendra-t-il pareille annonce ?
Qui n’a pas conscience de son péché comprendra-t-il pareille situation ? Comment l’homme moderne et postmoderne qui ne croit qu’en l’Homme prendra-t-il conscience de son péché (au sens biblique de ce terme) ? Comment l’homme de l’agitation deviendra-t-il un homme de recueillement ? Autant demander comment l’enfant perdu de Luc 15 a pu rentrer en lui-même après une vie dissipée. Pourtant tel est bien le cas.
Ce n’est pas que la croix du Christ soit trop lointaine, mais c’est que nous sommes trop timides dans la proclamation de l’amour de Dieu dont Jésus nous fait découvrir qu’il est la victoire sur le péché. Autres sont les chemins, autres sont les voies suivies par chacun. Autres, les expériences et les événements. Pour qui a reçu la Bonne Nouvelle de l’Évangile, le salut est le même pour tous.
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Prendre conscience de nos fautes dans la méditation de la Passion du Christ, nous ouvre au sens de l’histoire. Non seulement de l’histoire immédiate de notre temps ou de notre histoire personnelle, mais de l’histoire première et dernière de l’être humain.
Nul n’y parvient par lui-même, c’est l’œuvre de Dieu. Celle que la prédication de l’Évangile (qu’il soit tiré du Premier Testament ou du Nouveau Testament) opère dans les cœurs.
Jacques Gruber
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Le temps de la Passion
« Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait sa propre voie et le Seigneur a fait retomber sur lui l’iniquité de nous tous ».
Ésaïe 53, 6
Il existe une loi qui interdit de chasser certaines espèces d’oiseaux : les foulques, les sternes, les pluviers, les cormorans, par exemple. Mais ces oiseaux n’en savent rien. Ils jouissent de la vie et de la liberté dans une entière sécurité, du moins, du côté des êtres humains, ignorant qu’ils le doivent à un décret de la société humaine.
Innombrables sont les humains qui se trouvent dans la même situation vis à vis de Dieu. Ils jouissent de la vie immédiate ; chaque soir, lorsqu’ils s’endorment, ils ont foi dans le retour du jour ; ils croient même dans des lendemains meilleurs et profitent de tous les avantages qu’ils recueillent de cette vie sans jamais savoir qu’ils le doivent à la miséricorde et à la patience de Dieu.
Or Dieu n’est pas que le Dieu de l’alliance de Noé, il est aussi celui de l’alliance en Jésus Christ, le Juste qui a porté l’iniquité de nous tous. À cause de cet acte de Dieu, de cette existence et de cette Passion, nous sommes tirés de la vanité, du désespoir, du nihilisme, de la superstition, de la révolte et de la résignation.
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Avec toute sa science, l’être humain peut être inintelligent. Il peut, vis à vis de l’essentiel, de l’événement central de son histoire, n’être qu’une cervelle d’oiseau.
Jacques Gruber
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Le temps de la Passion
« Je suis un ver et non un homme, L’opprobre dans hommes et le méprisé du peuple ».
Psaume 22, 7
Ce texte est tirée du Psaume 22 que les évangélistes citent dans le récit de la Passion (Mc 15, 22, 29, 34 ; Mt 27, 35, 39, 46 ; Lc 23, 34 ; Jn 19, 24), sans toutefois citer précisément ce verset-là.
Jésus est dans l’humilité. Humilité acceptée et assumée jusqu’en ses dernières exigences au moment de la Passion, mais qui n’était pas moindre lors de sa naissance. Il y a l’adoration des bergers et des Mages, mais, nulle part, cet avènement grandiose qu’aime l’imagination. Ce n’est pas même un événement, de quoi faire un article de faits divers, de quoi alimenter même les potins de Bethléem. En somme, ce Messie ne naît pas à Jérusalem, il ne descend pas tout fait du ciel, il est nu comme un vers et inaperçu des gens. Le mépris ne s’exprime pas encore comme il le sera lorsque Jésus sera renvoyé de Pilate à Hérode et d’Hérode à Pilate (« de Ponce à Pilate », comme je l’ai entendu dire) ; lorsqu’il subira les railleries, les quolibets, les humiliations de la soldatesque et de la foule. À sa naissance, le mépris s’exprime par l’indifférence, le silence, l’absence générale d’intérêt pour cet accouchement qui se produit dans une étable du lieu.
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Nous voulons suivre Jésus, mais qui de nous ne redoute pas le chemin de l’humilité ? Nous sentons confusément ou nous savons par expérience que vivre humble c’est accepter d’être jugé de travers, d’être incompris et, finalement, sans doute, sacrifié.
Offrons nos corps en sacrifice vivant et saint, ce sera, logiquement, notre part au culte rendu au Christ Jésus (Rm 12, 1).
Jacques Gruber
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Le temps de la Passion
« Tous ceux qui me voient se moquent de moi, Ils ouvrent la bouche, secouent la tête. »
Paume 22, 8
Toujours le Psaume 22. Il y a des chrétiens qui résistent à beaucoup d’épreuves, mais pas à la moquerie. Les ennemis de la croix du Christ le savent. Ils connaissent bien nos faiblesses parce qu’ils les partagent. Ils savent qu’en ridiculisant le culte, la prière, l’Évangile et Jésus Christ lui-même, ils nous atteignent au vif. Combien auraient affronté une persécution au péril de leurs biens et de leur vie dont la foi est morte parce qu’ils ont eu honte d’être raillés.
Jésus a accepté d’être ridiculisé par les soldats romains, il a accepté les moqueries des croyants bien pensants, décidés à gagner leur procès contre cet agitateur qui leur faisait risquer des représailles romaines, appliqués à le liquider juridiquement, à le perdre dans l’opinion publique. Jésus a porté sur lui notre honte de disciples qui mollissent dès qu’un quolibet les atteint.
Accepter d’être raillé et moqué à cause de Christ, c’est demeurer avec lui, non seulement dans l’humilité, mais jusque dans l’humiliation. Il y a là un seuil à franchir. La vie chrétienne continue, au-delà, enrichie et enrichissante, répondant aux moqueurs avec la puissance de l’Esprit et leur fermant la bouche par les actes de l’amour qui s’étend jusqu’aux ennemis (Mt 5, 43-48).
Jacques Gruber
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Le temps de la Passion
« Tu connais mon opprobre, ma honte, mon ignominie, Tous mes adversaires sont devant toi. »
Psaume 69, 20
Le Psaume 69 est aussi un Psaume de la Passion ( Mc 15, 24, 36 ; Mt 27, 34, 39 ; Jn 19, 28).
Ainsi s’exprime notre foi au sein de l’épreuve. La douleur morale, autant que la douleur physique, sont inexprimables. Elles nous ôtent d’ailleurs les moyens intellectuels et physiques nécessaires pour cela. La douleur ne donne que des signes d’elle-même : visage défait, parole difficile, angoisse de l’âme, affaissement du corps, regard éteint, rictus, rides, laideur et faiblesse. Pourtant l’être humain a une autre et plus haute exigence, un besoin de communiquer du sein de ses souffrances. Pour cela, que ce soit dans notre solitude face à Dieu ou, en société, vis-à-vis des autres, Jésus reste l’intermédiaire unique et parfait : « Je souffre la Passion », « Je suis crucifié ». Jésus peut comprendre et nous donne les moyens de nous exprimer, au moins entre chrétiens pour qui le sacrifice du Christ possède toute sa valeur, à partir de là, un regard, un seul mot (calvaire, croix), suffisent pour tout dire sans équivoque.
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En somme, il y a beaucoup de malheurs qui peuvent fondre sur l’humanité et autant de ressources dans notre humanité pour conjurer les malheurs et les maux comme pour en produire d’autres. Le seul malheur irrémédiable (il y a « diable » dans ce mot) est d’être séparé de Christ, que la solitude nous enveloppe dans une proportion égale aux souffrances que nous pouvons endurer et absolument avec la mort.
Jacques Gruber
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Le temps de la Passion
« Vous tous qui passez ici, regardez et voyez s’il est une douleur pareille à ma douleur. »
Lamentations 1, 12
Il suffit que les progrès de la médecine permettent, jusqu’à un certain point, d’éviter nos croix pour que nous négligions la Croix. Nous rejetons ainsi, en même temps, le Christ et son amour, sous prétexte d’affranchissement. Mais avec la télévision, nous avons ouvert dans chaque foyer, une fenêtre qui ouvre directement sur le Golgotha. Notre civilisation est une civilisation de sauvages technologiquement avancés.
Au moins, personne ne peut plus avoir l’excuse de l’ignorance. Les camps de la mort d’avant-hier, un petit peuple, hier encore, brûlé vif au napalm ou un génocide, les explosions terroristes aujourd'hui, nous sommes témoins de tous les calvaires. Le Christ banni par la grande porte des Lumières, revient par cette petite fenêtre-là. Il est du côté des suppliciés, tandis que nous, assistant aux souffrances des autres, la cigarette à la bouche ou même la fourchette à la main, nous sommes du côté des badauds, des voyeurs, des complices et, finalement, des bourreaux.
Devant l’être humain humilié et souffrant, persécuté, il n’y a pas de spectateur qui compte. Ne rien faire, ici, c’est mal agir. Passer, voir, aller son chemin, sous prétexte que nous aussi nous sommes de pauvres victimes, c’est nous mentir à nous-mêmes et laisser passer la seule espérance de salut, sans diminuer notre responsabilité pour autant.
Jacques Gruber
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Le temps de la Passion
« Il était retranché de la terre des vivants, frappé pour les péchés de mon peuple ».
Ésaïe 53, 8b
Nous comprenons bien que des hommes et des femmes sont morts pour nous dans la Résistance. Ils ont donné leur vie pour que nous puissions jouir de la clarté du jour comme nous le faisons. Ce qui nous paraît naturel ne l’était pas alors. Peut-être comprenons-nous même qu’il existe toute une chaîne de sacrifices et de succès –les plus hauts de ces sacrifices ayant été consentis- au terme de laquelle la promotion de l’humanité a pris forme. Personne ne saurait nier que Jésus a sa place dans cette chaîne. Certains admettront, en faisant la part des ombres et des lumières dans l’histoire de l’Église, que cette place est essentielle. Personne, hors de la foi chrétienne, ne peut cependant prétendre qu’elle est unique.
Or, nous ne disons pas que la Croix est une étape dans la libération progressive de l’humanité, nous disons que le salut universel a été entièrement réalisé pour nous tous par Jésus Christ, de Bethléem au Jardin de Joseph d’Arimathie, en passant par le Golgotha. Une histoire singulière qui, par la qualité de son protagoniste, vaut pour tous les êtres et tous les temps. Sachant que la reconnaissance de cette qualité n’est en rien naturelle, spontanée, automatique.
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Tout nous est toujours venu par l’homme, mais grâce à Dieu (ou « en Christ »). La différence qu’il y a entre ces deux dernières petites expressions que nous prenons facilement l’une pour l’autre n’exprime rien moins que « La largeur, la profondeur et la hauteur de l’amour de Dieu » (Ép 3, 18).
Jacques Gruber
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Le temps de la Passion
« Tu ne livreras pas mon âme au séjour des morts Tu ne permettras pas que ton bien-aimé connaisse la corruption ».
Psaume 16, 10
Hors d’une victoire sur la corruption, il n’y a pas de victoire. Aucune conquête scientifique, technique, sociale, morale, politique, juridique ou esthétique, n’est décisive parce qu’aucune ne s’attaque à la corruption. Notre espoir réside dans les progrès dont nous savons qu’il ne s’obtient que grâce à des compromis, des aménagements avec la corruption, et encore faut-il y disposer pour cela des ressources d’une raison assistée de moyens techniques puissants. Ni la science, ni la technique ni la sociologie ni l’éthique ni les régimes politiques ni le droit ni l’art ne seront jamais victorieux de la corruption parce qu’ils ne peuvent tout simplement pas se proposer une tel objectif dans l’ordre humain qui est le leur, dont ils tirent leur justification et leur dignité. Implicitement, tous ont accepté la corruption. À l’excep­tion de l’art, peut-être, ils ne peuvent concevoir ou imaginer pareil but, mais l’art contemporain a pris le parti de « faire avec » la corruption. L’amour seul le conçoit et peut le réaliser dans la mesure où il traverse la corruption.
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La Jésus est notre victoire sur la corruption, non parce qu’il n’aurait pas connu la mort, mais parce qu’il l’a traversée. Victoire historique, unique et suffisante. Victoire dans laquelle l’homme a été vaincu au profit de tous les hommes.
Jacques Gruber
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Pâques
LA RÉSURRECTION DU MESSIE
Portes, élevez vos linteaux, Élevez-vous, portes éternelles !
Que le roi de gloire fasse son entrée !
Qui est ce roi de gloire ?
Le Seigneur, fort et puissant, le Seigneur puissant dans les combats.
Portes, élevez vos linteaux !
Élevez-les, portes éternelles !
Que le roi de gloire fasse son entrée !
Le Seigneur des armées, voilà le roi de gloire !
Psaume 24, 7-10
Le livret du Messie unit résurrection et élévation et c’est au moyen d’un texte du Premier Testament. Ressuscité, Jésus change de statut : sa stature (non sa nature) passe de l’échelle individuelle et ecclésiale à celle du monde, de l’histoire et du cosmos.
Dans la Bible, les cieux désignent la demeure invisible du Seigneur. En Christ, Dieu lui-même fait son entrée chez lui, comme un souverain au retour d’une absence retrouve les lieux où sa présence n’a jamais cessé de régner. Et les cieux s’interrogent, comme à Jérusalem, lors de l’entrée messianique de Jésus le jour des Rameaux, comme, dans nos villes et nos campagnes, lorsqu’un personnage officiel arrive ou que passe une course cycliste : « Qui est-ce ? », « Qui est-il ? », « Qui est le premier ? ». Des bruits courent et la nouvelle circule : « C’est le roi de gloire ! », « C’est le Seigneur en personne, victorieux du péché et de la mort ! », « C’est Jésus de Nazareth, c’est le Messie ! ».
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« Christ ressuscité ne meurt plus » (Rm 6, 9), contrairement à Lazare qui, rendu à l’affection des siens, est, ensuite, mort de sa belle mort ou à Dionysos qui mourait chaque année pour renaître au printemps suivant. Le message pascal n’a pas de pareil : Jésus n’a pas seulement repris vie, il est entré vivant dans la gloire, il s’est révélé lui-même tout entier, assumant tout son être : corps, âme, esprit, cœur.
C’est un scandale pour les Juifs, une folie pour les Grecs, mais puissance et sagesse de Dieu pour les chrétiens (1 Co 1, 22-25) appelés à témoigner devant les Juifs, les Grecs, les peuples d’Afrique, d’Asie et des Amériques et d’autres planètes.
Jacques Gruber
page 103
Pâques
Le Seigneur m’a dit : « Tu es mon Fils ! Je t’ai engendré aujourd'hui ».
Psaume 2, 7 cité dans Hébreux 1, 5
L’aujourd'hui de l’Éternel est toujours présent. Ce n’est pas le jour de l’Ascension ni le jour de la résurrection ni le jour de la naissance de Jésus ni à son baptême que le Père a engendré son Fils, c’est de toute éternité, c'est à dire : aujourd'hui, l’aujourd'hui de la foi.
Aujourd'hui de Dieu : commencement de chaque commencement, de tous les commencements de la foi, des recommencements qui nous sont donnés après nos chutes. Aujourd'hui où j’ai entendu l’appel de l’Évangile, je sais que le Seigneur, l’Éternel, dit à Jésus : « Tu es mon Fils ». Aujourd'hui où j’ai accepté le renoncement qui me coûtait, je sais pourquoi Jésus est le Fils de Dieu. Aujourd'hui où j’ai partagé la cène avec la paroisse, j’ai acquis la certitude que Dieu a fait Christ et Seigeur Jésus de Nazareth. Aujourd'hui où j’ai accepté de porter ma croix, j’ai réappris comment Dieu a engendré de toute éternité le Jésus de l’histoire qui est le Christ de la foi. Aujourd'hui du salut, contrepoint de la grâce qui accompagne tous nos aujourd’hui humains.
Aux êtres humains, enfants de leur temps et qui le sont parfois avec tant de puérilité, il est donné de devenir, à leur tour, par adoption, des enfants de Dieu.
Jacques Gruber
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Pâques
Qu’ils sont beaux sur les montagnes les pieds de celui qui apporte de bonnes nouvelles,!
Qui publie la paix ! De celui qui apporte de bonnes nouvelles, qui publie le salut !
De celui qui dit à Sion : « Ton Dieu règne » !
Ésaie 52, 7 cité dans Romains 10, 15
Tout est beau chez ceux qu’on aime. Tout lieu où se réalise un acte d’amour est transfiguré. Notre terre est le lieu d’un acte de sainteté et d’amour éternels. C’est pourquoi les défauts et les ridicules des êtres humains, pris individuellement ou en groupe, la dureté de la vie, l’ironie navrante du sort, l’ingratitude de nos semblables, disparaissent dans la clarté de Pâques. Pâques est source de lumière. Noël ne brille que de la lumière qu’il reçoit de Pâques. La bonne nouvelle de la résurrection projette sa lumière loin en avant et en arrière.
Lorsque nous nous réunissons, nous formons le cercle et nous plaçons un bouquet au centre. Nous n’entourons pas le vide, mais un emblème de la Résurrection.
Jusqu’à la fin du monde – que ce dernier meure de vieillesse ou par accident -, Pâques, Noël, Pentecôte, ne seront pas d’abord des anniversaires, mais, partout où la Bonne Nouvelle sera annoncée en actes et en paroles : « paix et salut ! ».
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À celui qui cherche Dieu, à celui qui veut le retrouver, à celui qui sait apprécier à sa juste valeur la lame de fond de l’orgueil humain qui déferle sur la terre, une bonne nouvelle est annoncée aujourd'hui : « Le Seigneur règne, il a été fait être humain, il est la Vie ».
Jacques Gruber
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Pâques
Leur voix est allée par toute la terre Et leurs paroles jusqu’aux extrémités du monde.
Psaume 19, 5, dans la citation de Romains 10, 18
La parole de Dieu est allée par toute la terre, nous pouvons l’affirmer aujourd'hui, même si elle subit un reflux du fait de la renaissance des folklores. De toute façon cela n’a jamais signifié que toute la terre était chrétienne.
D’abord, parce que la parole de Dieu est une épée, elle tranche, partageant « âme et esprit, jointures et moelles » (Hé 4, 12). Les uns rebondissent sur cet obstacle ; chez d’autres elle provoque le refus. Jean, le baptiste, introduisant le Messie, proclamait : « Celui qui vient après moi […] a son crible à la main » (Mt 3, 11-12) et le vieux Siméon, après avoir eu l’inspiration que le bébé de huit jours qui venait d’être circoncis, conformément à la Loi et selon l’usage, était le Messie d’Israël, l’a salué par ces paroles : « Cet enfant est destiné à amener la chute et le relèvement de plusieurs en Israël et à devenir un signe de contradiction « (Lc 2, 34).
Ensuite, parce que nous n’avons pas de mémoire de l’espèce, la foi n’est pas un héritage et l’évangélisation est à refaire à chaque génération. Contrairement à Israël ou à l’islam pour qui l’on est Juif ou musulman de naissance, les parents chrétiens ne mettent pas au monde des chrétiens dispensés de passer par la nouvelle naissance de la foi.
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Ceux qui reçoivent la parole de Dieu et ceux qui la refusent, les uns et les autres, attestent, chacun à sa manière, de sa puissance. De toute façon, c’est une Parole de salut, qui agit, non comme une fermeture, une forclusion, mais en opérant des ouvertures.
Jacques Gruber
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Pâques
« Pourquoi ce tumulte parmi les nations, ces vaines paroles parmi les peuples ?
Pourquoi les rois de la terre se soulèvent-il et les princes se liguent-ils avec eux contre le Seigneur et contre son Messie ? »
Psaume 2, 1-2
La question ainsi posée signifie : « À quoi bon ce tumulte, ces vaines pensées, ces soulèvements, ces ligues ? ». À quoi bon, lorsqu’on se déclare chrétien, bafouer, mépriser, persécuter, tuer le Christ en la personne des « petits », des « humbles », des « gens du peuple » (comme on dit), des gens de couleur, des pays en voie de développement ? Non pas directement, bien entendu, mais en donnant nos voix à la violence institutionnelle ?
À quoi bon, puisque Dieu est leur droit, puisque, si nous suivons le Deutéronome et l’Évangile, Dieu lui-même a choisi de lier sa cause à eux ? Les théologies de la libération, avec leur préférence donnée aux pauvres, ont voulu penser cette réalité pour mieux permettre à l’Église de s’y conformer. Telles qu’elles se sont exprimées, choisissant d’appliquer une grille marxiste à ses interprétations de la Bible et des événements, elles n’ont pas eu gain de cause en haut lieu. La question reste d’actualité pour toutes les Églises. Elles sont au sein des nations, mais ne sont pas obligées de prendre parti pour leurs politiques. Par-dessus les limites nationales, ne pourraient-elles pas avoir une parole mondiale, non pour dénoncer ou condamner, mais pour faire entendre en haut lieu et sur la place publique, à en devenir importunes
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au besoin, la voix de ceux que l’on n’entend pas, pas clairement, pas vraiment, non en raison d’un mérite naturel qui serait attaché aux « petits » ou d’un rôle historique qu’ils auraient à jouer en tant que tels, mais pour la seule raison de la justice et de la miséricorde.
En Occident, nous pouvons espérer avoir réussi à séparer le théologique du politique, cela ne doit pas exclure que les Églises interpellent les pouvoirs, non pour elles-mêmes ou pour des causes sans soupçon, mais comme les porte-voix de la Parole.
Jacques Gruber
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Pâques
« Pourquoi les rois de la terre se soulèvent-ils, et les princes se liguent-ils avec eux contre le Seigneur et contre son Messie ?
Brisons leurs liens, délivrons-nous de leurs chaînes ».
Psaume 2, 2-3
D’ennemis qu’ils étaient, Pilate et Hérode deviennent amis pour mieux régler son cas à Jésus (Lc 23, 12), le Sanhédrin trouve une alliée du côté de Rome. Le Christ tient toujours encore cette place dans l’histoire. Son message de libération inquiète les puissances politiques ou religieuses, même opposées, jusqu’à s’allier (provisoirement) contre lui parce qu’elles le ressentent, à tort, comme subversif. Mais, à quoi bon cette ligue, puisqu’elle ne se heurte pas à une autre violence ? Judas prend avec lui une troupe, des armes, des lanternes, Jésus ne lui résiste que par une parole : « C’est par un baiser que tu livres le Fils de l’homme ! » (Lc 22, 48). Face à lui, les violences tombent dans le vide, révèlent leur vanité et toute leur rage peut s’en accroître.
Le psalmiste insiste. Il nous appelle à être une Église confessante, libérée de toutes compromissions avec les pouvoirs de l’argent, de la science, de l’État, des médias, tout en reconnaissant leur valeur dans l’ordre de la vocation que la parole de Dieu leur reconnaît. Les violences institutionnelles de la loi sont inévitables, la puissance de la parole prophétique de Dieu
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s’accom­plit dans la faiblesse, non sans force, avec la seule arme de la « parole ». Le politique, à l’occasion, quand il est dans l’oppo­si­tion, sait se servir de la ruse et de la subversion, mais ce n’est pas là agir dans la faiblesse. La force qui s’accomplit dans la faiblesse est réellement libératrice parce que, se situant hors de nos problèmes, elle est en mesure d’en devenir la solution, de rompre les cercles qui nous emprisonnent. Œuvrant par la Parole et dans la parole, elle manifeste qu’elle est vraiment intelligente.
Jacques Gruber
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Pâques
« Pourquoi les rois de la terre se soulèvent-ils contre le Seigneur et son Messie ? «
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« Celui qui siège dans les cieux rit, le Seigneur se moque d’eux ».
Psaume 2, 2-4
Le Seigneur rit des puissants de ce monde, de ceux qui sont installés dans leur pouvoir, aussi bien que de ceux qui veulent les en faire tomber. Il voit combien l’air gourmé des politiciens en place ressemble au sérieux avec lequel les joueurs de belote tapent leur carton au café ; il voit que la passion idéologique des meneurs révolutionnaires est identique aux transports qui saisissent les supporters des matchs de football ou les propagandistes d’un « revival ».
Qui se moque de Dieu, se moque de tout et de tous, mais Dieu se moque des esprits forts qui ont raison contre lui, contre tous, contre tout. Lui qui a raison de tout par la justice et la miséricorde. Refuser la sainteté de Dieu, cela donne du prestige aux yeux des esprits libres, mais leur forge une solitude et un désespoir. Les esprits forts deviennent des esprits aigris parce que leur verve s’alimente de la crise. Crise qui n’est autre que le signe du jugement souverain que le Seigneur porte sur le monde qui met sa confiance et son espérance en lui-même, mieux qu’en Son Messie.
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Dieu rit des fabricateurs de salut qui annoncent un royaume de Dieu sur la terre pour demain. Il sait qu’aucune construction future ne peut être garantie par personne et nous donne de temps en temps à réfléchir à propos de barrages qui cèdent, des navettes spatiales qui flambent, de plateformes pétrolières qui explosent en dépit de la sécurité de nos calculs. Le Seigneur sait qu’un avenir fabriqué est condamné à être un univers mortel ; il sait que le présent ne réalise pas les attentes, qu’il ne fait jamais que dissoudre dans le positivisme terre à terre les espoirs dont s’auréolent tous les projets.
Jacques Gruber
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Pâques
« Pourquoi les rois de la terre se soulèvent-ils ? »
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Le Seigneur m’a dit : « Tu es mon fils »,
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« Tu les briseras avec une verge de fer, tu les briseras comme le vase d’un potier. »
Psaume 2, 1-9
Nous croyons bien comprendre qu’il y a une malédiction du pouvoir et l’expérience nous convaincrait que la politique est un mal nécessaire. C’est pourquoi nous accueillons avec la joie la bonne nouvelle d’un changement.
La malédiction du pouvoir et l’envahissement inévitable de la politique prendront fin. Le Royaume de Dieu ne sera pas le remplacement d’une domination par une autre, ce sera un coup d’arrêt aux puissances et aux dominations qui se succéderont jusqu’à la fin des temps.
Ce ne sont pas les idées qu’on applique, les projets qu’on réalise qui sont en question ici, mais la façon que nous avons de les faire passer dans les faits. Le progrès social est inscrit dans les mœurs et dans les programmes de gouvernement … et il faudra qu’il y entre davantage encore. Il n’en demeure pas moins que le pouvoir est le pouvoir, que le politique reste de la politique. Dès que les projets se concrétisent (sans quoi tout est utopique), on
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s’aperçoit, en fin de compte, que les moyens n’ont pas changé et leurs conséquences non plus. Jésus dit simplement : « Il n’en sera pas de même parmi vous » (Mt 20, 26). Cette parole est la verge de fer dont parle le Psaume, elle rompt les cercles infernaux aussi facilement qu’on brise un vase de terre.
Nous saluons avec espérance Celui qui a choisi une manière d’agir entièrement différente : servir sans être servi, la grâce au lieu de la force, la miséricorde avec le jugement, l’Évangile au lieu de la propagande, la puissance qui s’accomplit dans la faiblesse, la folie plus sage que la raison.
Nos yeux s’ouvrent sur la communauté des disciples du Christ vivant aujourd'hui même l’Évangile dans les sociétés où nous sommes implantés. Nous comprenons que l’’Eglise, notre paroisse, a reçu les arrhes du Royaume : l’attrait du pouvoir, le goût de la puissance y ont été brisés, brisés dans les cœurs et abolis dans les faits. Là est notre libération.
Jacques Gruber
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Pâques
« Alléluia !, car le Seigneur, notre Dieu tout puissant, est entré dans son règne. Le royaume du monde est remis à notre Seigneur et à son Messie. Et il règnera aux siècles des siècles : Roi des rois et Seigneur des seigneurs. »
Apocalypse 19, 6, 11, 15, 19, 16
La toute-puissance et le règne de Dieu ne nous intéressent pas s’ils n’ont aucune réalité dès à présent. L’alléluia de la foi salue la réalité actuelle de ce règne reçu réellement et spirituellement, à titre d’arrhes de l’Esprit et dont nous attendons la manifestation pour ce jour et cette heure qui viendront à l’improviste (Lc 21, 34).
Nous ne souhaitons pas une toute-puissance qui serait une édition divine du totalitarisme ou une domination éternelle sur le type des impérialismes. Un ordre moral qui utiliserait, sur un registre céleste, les moyens et les méthodes de la terre exécutées par des cohortes d’anges hiérarchisés et réglés dans un admirable ballet par le cerveau divin conçu à l’image de l’ordinateur absolu : pour nous, ce serait l’enfer. L’alléluia de la foi auquel le « soupir de la création » (Rm 8, 22) sert de continuo, vient de ce que cette puissance et ce règne seront à l’image du ministère terrestre de Jésus : puissance et règne de l’amour, règne enfin incontestable et incontesté.
Les rois et les seigneurs, les dieux et les maîtres sont envoyés au placard par un autre mouvement que l’anarchisme. Par Jésus Christ et en lui, une puissance et un règne sont instaurés dans la joie de la libération universelle.
Jacques Gruber
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Pâques
L’ ALLÉLUIA
« Alléluia ! »
Apocalypse 19, 6
Loué soit Dieu ! La foi se résout en un cri de joie. Qui a entendu l’ Alléuia du Messie de Händel, peut, en effet, se faire une idée de cette « voix d’une foule nombreuse » de ce « bruit de grosses eaux » et de ce « bruit de fort tonnerre » qu’évoque le visionnaire de l’Apocalypse. Qui a vécu et qui vit de la victoire du Christ, obtenue par la grâce et non par la force, réalisant non la domination, mais le don de soi, n’imposant ni sa personne ni ses idées ni son autorité, partage aussi la joie des alléluias.
Partage de la joie et joie du partage, nous louons le Seigneur de ce qu’il n’a pas envoyé son Messie « pour qu’il juge le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jn 3, 17). Trop souvent, nous avons entendu, en contrepoint de la joie des vainqueurs, les cis et la douleur des vaincus qui espéraient être les vainqueurs. Trop souvent, nous avons vu le bonheur des uns faire le malheur des autres, la libération des uns constituer la servitude des autres, la jeunesse des uns pousser les autres dans la tombe. La joie que nous apporte le don de soi, c’est d’être invité à partager la joie des autres et d’apporter l’espérance à ceux qui sont dans la tristesse (ce qu’il y a de plus positif dans ma vie, ce sont les aides que j’ai pu apporter, les services que j’ai pu rendre).
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Alléluia ! Loué soit le Seigneur ! Le Dieu de Jésus Christ, victorieux des engrenages fatals dans lesquels chaque instant vécu nous engage un peu plus. Victorieux de la victoire de la Croix.
Jacques Gruber
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Le temps de Pentecôte
NOTRE ESPÈRANCE
« Je sais que mon Rédempteur est vivant et qu’il se lèvera, le dernier, sur la terre.
Quand ma peau sera détruite, il se lèvera, quand je n’aurai plus de chair, je verrai Dieu. »
Job 19, 25-26
Nombreux sont les gens à qui la souffrance n’apprend rien. Ils vont de la révolte, à la résignation, de la bravade à la tentative de suicide, de l’excitation à la dépression.
Pour le philosophe, cependant, « souffrir, c’est apprendre » (Platon). La souffrance apporte un approfondissement personnel, affine le sens de l’essentiel, spiritualise l’homme, valorise l’invisible. Le cri de Job contient encore tout autre chose. Il dit bien : « Je sais », mais il ajoute : « Que mon Rédempteur est vivant ». Sur Dieu, le Vivant du Premier Testament, le Rédempteur de Job, le Christ du Nouveau Testament, seul l’Évangile apprend quelque chose. La maladie et les épreuves en tant que telles ne nous apprennent rien sur le Dieu vivant. Ce n’est pas de son propre fonds, du délire imposé par l’ascèse de la maladie, d’une désincarnation causée par la dégradation corporelle, de la peur de la mort, d’un retour sur lui-même, que Job tire son cri, c’est de l’Esprit.
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Si le livre de Job nous présente son héros comme un homme de grande piété, nous comprenons ici ce que cela veut dire : non un homme qui faisait ponctuellement ses dévotions, mais qui vivait en communion avec le Dieu vivant. Celui qui emplit l’avenir.
Jacques Gruber
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Le temps de Pentecôte
Maintenant Christ est ressuscité des morts, il est les prémices de ceux qui sont morts.
1 Co 15, 20
Lorsqu’on affirme la résurrection des morts, beaucoup s’imaginent que l’on devrait voir, de temps à autre, des morts reprendre corps, comme Lazare (Jn 11) ou le jeune homme de Naïn (Lc 7). Jésus n’a pas ressuscité tous les morts d’Israël. Il avait même une opinion contraire : « S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas persuader quand même quelqu’un des morts ressusciterait » (Lc 16, 31). À côté de ces ressuscitations, un seul événement mérite le nom de résurrection : celle de Jésus. Elle a été donnée aux témoins des apparitions des quarante jours entre Pâques et Pentecôte pour eux-mêmes seulement. Elle n’a pas à être exhibée à la vue du public, de génération en génération, elle a été donnée, en son temps, aux témoins qui ont « vu de leurs yeux et touché de leurs mains » (1 Jn 1,1).
La façon que Jésus a, aujourd'hui, de se manifester vivant, s’actualise quand sa parole change quelque chose chez nous.
Lorsque les tout premiers abricots sont mûrs, le jardinier les cueille. Ce premier panier, ce sont les prémices de la récolte annuelle. Elles en sont la promesse qui prend corps bien qu’elle ne soit pas encore réalisée (un orage, une tempête, un cyclone peu
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vent l’anéantir). La première hirondelle ne fait pas le printemps, mais elle apporte l’annonce réelle du printemps, Christ est pour nous cette hirondelle, prémice de notre résurrection.
L’Antiquité connaissait des résurrections périodiques (Tamouz, Dionysos) liées aux cycles des saisons. C’est ce qui explique la remarque de Paul : « Christ mort ne meurt plus » (Rm 6, 9). Certains, parmi les Juifs et les chrétiens, nombreux parmi nos contemporains se montrent sensibles à l’idée de la réincarnation. Même réinterprétée à notre façon occidentale, cette conception nous ramène dans un temps cyclique, aux mérites et à la destinée. Le Bouddha a voulu libérer ses coreligionnaires de cette roue par l’Éveil qui donne accès à l’intemporel Nirvâna.
La résurrection est liée à la fin des temps, ce n’est pas un espoir, elle est « en espérance » (Rm 8, 24). Le Nouveau Testament ne laisse pas supposer que des morts méritants pourraient ressusciter sporadiquement, pour répondre à nos vœux. Il évoque une résurrection générale des morts à l’échelle de la fin du monde et contemporaine de cette dernière, moment d’un Jugement qui nous réserve les plus grandes surprises.
Jacques Gruber
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Le temps de Pentecôte
Puisque la mort est venue par un homme, c’est aussi par un homme qu’est venue la résurrection des morts. Et comme tous meurent en Adam, de même aussi, tous revivront en Christ.
1 Co 15, 22
La conception matérialiste de la vie, qui porte, à la fois, espoir et désespoir, a coupé les ailes de l’espérance. Nous le vérifions en nous et autour de nous. Non seulement la mort est venue et vient toujours à nouveau par l’homme, mais, par l’homme, est venue encore cette mort particulière qui est la mort dans l’âme : la perte de toute espérance. Notre foi au Christ comporte la foi en la résurrection individuelle et personnelle que le Symbole des apôtres appelle « résurrection de la chair ». N’ayons pas honte de placer là notre confiance et notre espérance, ceux qui pourraient penser les ruiner au nom de la science et du progrès pourraient bien être en fin de compte confondus par les dieux sans réplique eux-mêmes qu’ils invoquent. Ceux qui ont perdu l’espérance, même s’ils l’ont remplacée par quelque espoir terrestre, chercheront toujours à nous entraîner dans leur sillage. Les crédules ne sont pas ceux qui sont réunis à Christ par la foi, mais ceux que la moindre propagande antichrétienne habilement menée suffit à troubler puis à convaincre.
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Notre foi a son fondement dans les témoignages historiques rendus à la résurrection de Jésus. Elle trouve sa confirmation lorsque, dans l’être humain que nous sommes, l’Esprit Saint engendre une naissance nouvelle. Ce que nous disons là n’a rien d’incommunicable. Le premier jour où, quoi qu’il ait pu, éventuellement, nous en coûter, nous avons pensé et agi à cause de l’’Evangile, laissant de côté toute autre motivation, l’espérance tout entière a empli notre vie.
La force de notre foi est dans cette espérance, ne nous laissons pas ravir la couronne qui a été mise sur notre tête, si, pour nous, elle reste invisible, les autres peuvent la voir.
Jacques Gruber
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Le temps de Pentecôte
La trompette sonnera et les morts ressusciteront, incorruptibles, et nous nous serons changés, car il faut que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité et que ce corps mortel revête l’immortalité.
1 Corinthiens 15, 52b-53
Être changés, revêtir l’immortalité, nous aspirons tous à quelque chose de ce genre. Rester soi-même, ne pas perdre la face et même conserver notre propre visage, tout en étant radicalement transformés : être tout autre, affranchis de nos aliénations.
La civilisation de la mécanique et de l’électronique, de la mode, des images et des stupéfiants, fouette cette aspiration et lui accorde d’apparentes satisfactions qui créent des besoins sans cesse nouveaux.
Naïf, ce besoin s’exprime à chaque nouvelle année : si le changement de millésime pouvait être un changement de destin ! Réfléchi, il donne naissance à des mouvements révolutionnaires : modifier, par une série de secousses violentes, les conditions de vie de l’humanité dans le sens présumé du progrès, afin de transformer l’être humain lui-même.
Les trompettes de ces victoires ne sont-elles pas trompeuses ? Que ce soit de façon naïve ou réfléchie, l’avenir de l’être humain est évident : exception faite de quelques élites, c’est la fuite en avant dans une évolution accélérée qui abandonne beaucoup de laissés pour compte. En dernier ressort, n’est-ce pas la fuite devant soi-même, l’économie d’opérer un retour en soi pour se ressaisir ?
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La vision de Paul n’est pas une fiction sans fondement, son anticipation, dans le style de l’apocalyptique juive, a son fondement dans la rencontre du chemin de Damas avec Jésus vivant. Dans des conditions de pré-développement, Jésus a été un nouvel être humain, hors de lui (ensemble, Jésus historique et Christ de la foi), rien de « nouveau » (ce que le texte exprime par l’incorruptibilité, l’immortalité) ne se réalise vraiment.
Disons à celles et ceux qui cherchent le changement autrement et ailleurs qu’ils sont dans une situation comparable à celle de l’écolier qui, ayant des difficultés en orthographe et en calcul, mais aspirant à devenir un bon élève déjà à ses propres yeux, sans cesser d’être en tout point lui-même, va s’imaginer qu’avec un cartable neuf, ayant échangé son ardoise pour une calculette, la mutation tant souhaitée s’opérera.
Jacques Gruber
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Le temps de Pentecôte
Voici, je vous dis un mystère : nous ne mourrons pas tous, mais nous serons changés en un instant, en un clin d’œil, à la dernière trompette.
1 Corinthiens 15, 51-52a
Le chôfar, qui appelle Israël au rendez-vous avec son Dieu, sonnera pour la dernière et la première fois, pour l’ultime et inaugurale rencontre universelle avec le Dieu vivant. Le « mystère » n’est autre que la « responsa » (la réponse inspirée) de Paul à la question que se posaient les chrétiens de Corinthe : si la vie éternelle suit la mort qu’en sera-t-il pour ceux que la fin du monde surprendra avant même leur décès ?
Or, l’Évangile est cette trompette dernière et première. Tous ceux qui sont passés par la nouvelle naissance dont parle l’évangile selon Jean (Jn 3, 1-19), peuvent témoigner qu’il s’agit d’un changement instantané. En un instant, l’orientation profonde de notre être, de notre vie, s’en est trouvée changée. Que cela soit un mystère, nul n’en doutera, mais ce mystère se constate. C’est à partir de là que nous comprenons le sens du Messie : en un espace de temps infime au regard de l’évolu­tion, l’orientation de notre Histoire s’est trouvée modifiée.
L’expression employée par Paul, en grec, pour dire l’irruption subite de l’avè­ne­ment du monde à venir (« en un clin d’œil »), serait, si nous la transposition en français : « en un atome de temps ». Une façon de dire qui éveille des échos pour tous ceux qui voient dans l’atome une menace pour notre planète.
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L’irruption de l’Esprit, lors de la Pentecôte, à Jérusalem, nous entraîne, elle aussi dans une explosion en chaîne : explosion de sens et de significations, de manières de penser et d’être. Elle donne même un sens à une probable explosion thermonucléaire incontrôlée. Elle la change en espérance. Dans l’anéantissement universel (à l’échelle de notre planète), l’Esprit à l’œuvre dans notre monde ne peut être anéanti. L’embrasement final ne touche plus à l’essentiel que pour le confirmer, comme le feu du boulanger transforme la pâte levée en pain, événement quotidien, vieux comme le monde, et qui reste, en dernière analyse, lui aussi, bien mystérieux.
Jacques Gruber
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Le temps de Pentecôte
Alors s’accomplira la parole qui a été écrite : « La mort a été engloutie dans la victoire ».
1 Corinthiens 15, 54
La vie est un phénomène ultra-complexe, bien difficile à définir. Une façon de faire est de lui appliquer la définition que, dans le Premier Testament, Dieu donne de lui-même : « Ainsi parle le Très-Haut, dont la demeure est éternelle et le nom est saint : J’habite dans les lieux élevés et dans la sainteté, mais je suis avec l’homme contrit et humilié afin de ranimer les esprits humiliés, afin de ranimer les cœurs contrits » (És 57, 15, traduction L. Segond), parole à laquelle correspond l’expres­sion, également con­tras­tée, de Jésus lorsqu’il parle du « Père céleste » : la vie, à la fois présente au plus intime de chacun de nous et totalement hors d’atteinte pour tout être humain.
En revanche, la mort est un phénomène, sinon aisé à constater (voir les problèmes que posent les états de conscience minimale), du moins irréfutable au regard de la corruption qu’elle engendre.
Le message biblique est un message de vie, une religion de Vie, mais pas une religion de la vie comme celle qui a cours dans notre civilisation post-moderne. Ici, c’est la mort qui nous sert pour comprendre la vie, phénomène biologique, économique et
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politique. Nos souffrances (physiques, morales) ne sont que des sous-multiples de la mort, nous sommes privés de la capacité de penser et de comprendre la vie à partir de la vie. Aujourd'hui, les greffes d’organes, les prothèses, demain, les organes artificiels, le clonage, la congélation, dans la mesure où il s’agit de con­tour­ner la mort, corroborent ce diagnostic.
La victoire dont il est question dans le texte cité est la capacité de penser et de vivre la vie sans plus de référence à la mort. Ce n’est pas « le mort qui emporte le vif », mais la mort qui a été « engloutie par la vie ».
Pareille victoire n’est pas une invite à nous reposer sur des lauriers acquis par un autre que nous, mais ne peut que stimuler les efforts faits pour améliorer les conditions de vie du plus grand nombre, ici bas, pour le temps de notre passage. .
Jacques Gruber
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Le temps de Pentecôte
O mort, où est ta victoire ? O mort, où est ton aiguillon ? L’aiguillon de la mort, c’est le péché et la puissance du péché, c’est la Loi.
1 Corinthiens 15, 55-56
Les derniers mots : « La puissance du péché, c’est la Loi » résument une partie, importante, de la pensée théologique de Paul. Ils nous conduisent à nous demander si le légalisme a disparu de l’Église et des civilisations qui se sont réclamées de lui.
La libération de la Loi n’est ni le libéralisme ni l’anarchie, elle passe par la croix. Elle est bien différente de l’affranchissement par l’abandon aux valeurs vitales auquel aspirent bien des gens autour de nous. La postmodernité est marquée par la complaisance envers le moi naturel, la recherche d’une adhésion exacte à soi-même alors que la foi que Paul oppose à la Loi est faite d’un renoncement créateur. Les commandements de la Loi, les mitsvoth, ont été « cloués à la croix » (Col 2, 14) mais nous nous sommes donnés à une autre loi, celle de la flemme selon laquelle tout et tous suivent leur plus forte pente.
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Les prophètes de l’humanité sans Dieu ont annoncé un être humain vivant au-delà du bien et du mal. Cet « au-delà » ressemble à la victoire du Christ comme la suie à la neige. L’Évangile est la victoire sur la mort qui a nom moralisme aussi bien que nihilisme, il nous permet de boire à la source même de la moralité, de puiser à même de la nappe phréatique de la vérité.
Il ne suffit pas de nier le mal, l’aiguillon de la mort, pour le faire disparaître. De la fin des tabous, la mort sort tabou, son esclavage renaît en l’espèce de l’in­for­mel, du négativisme, de la parodie, du dénuement de tout sens, de l’in­diffé­ren­cia­tion générale. L’anomie encourage l’anonymat et sa puissance, c’est le vide, universel orifice avide qui nous engouffre avec toutes les garanties dont nous nous sommes entourés.
Ces paroles ne sont pas inhumaines, ce sont des paroles de force et de vie.
Jacques Gruber
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Le temps de Pentecôte
Grâces soient rendues à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ.
1 Corinthiens 15, 57
La victoire de Pâques est une victoire de l’Esprit, une victoire sur nous-mêmes. Non pas une violence faite à notre raison pour croire à la Résurrection, pour en faire une « croyance ». La victoire acquise par Jésus Christ est la victoire sur toutes les formes de l’égoïsme. Pensons à nos réflexes instinctifs de conservation, au besoin humain de succès, à la soif spontanée de bonheur. Pâques m’engage à renoncer à être moi-même pour moi-même et c’est l’Esprit de la Pentecôte qui réalise ce qui n’est pas moins qu’une victoire sur la mort. Dès lors, la Résurrection n’est plus une croyance, mais une foi.
Notre orgueil s’insurge contre l’idée que la victoire qui nous libère n’est pas notre propre fait, que c’est l’œuvre d’un autre (Jésus Christ) par l’opéra­tion d’un autre (le Saint Esprit). Nous n’avons pas compris ce qu’est un don gratuit. Notre victoire personnelle sur la mort est une victoire universelle, elle ne s’obtient ni par une évasion (individuelle ou collective) hors du monde ni, au contraire, par une transformation du monde réalisée par chacun ou tous ensemble. Elle consiste en une façon entièrement nouvelle d’être au monde, dans un esprit nouveau mis aux tâches les plus terrestres.
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Celui qui comprend cela rend grâces à Dieu, tout en luttant contre les forces renaissantes de l’égoïsme individuel, national, racial ou de tout autre genre. Par l’Esprit, notre lutte s’insère à la suite de celle de Jésus, elle perd le caractère de tristesse ou d’amertume qui s’attache à l’amoindrissement de soi, elle est vécue comme action de grâces.
Jacques Gruber
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Le temps de Pentecôte
Si Dieu est avec nous, qui sera contre nous … Qui accusera les élus de Dieu ? C’est Dieu qui justifie ! Qui les condamnera ? Christ est mort, bien plus : il est ressuscité il est à la droite du Père, il intercède pour nous.
Romains 8, 31, 33-34
Christ mort n’est rien s’il n’est ressuscité. Ressuscité ne signifie rien si Christ n’est pas à la droite du Père. L’Ascension scelle la Résurrection du sceau de l’Esprit.
Christ vivant n’est pas, dans notre bouche, une clause de style, c’est le Seigneur agissant. Nous mesurons notre avancement sur le chemin de la foi à l’action de l’Évangile en nous. Les expériences des uns et des autres sont diverses. Certains parviennent tout jeunes et, semble-t-il, sans effort, à cette maturité spirituelle. D’autres, passent par des hauts et des bas, tantôt déçus de Dieu, tantôt enthousiastes de lui. Pour d’autres, la sollicitation de l’instant présent est si forte qu’il leur faut attendre la première semonce de la mort pour rentrer en eux-mêmes et saisir l’acte libérateur de l’Évangile. On pourrait multiplier les exemples.
Dieu est pour l’être humain, pour chacun de nous et pour l’humanité dans son destin universel. Il agit quotidiennement, mais cette action dont le Christ ressuscité est le médiateur (la droite du Père) et le Saint Esprit l’opérateur, n’est pas du domaine de l’évidence.
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Nous n’aurions rien à gagner à ce qu’elle y tombe, l’action de Dieu cesserait alors d’être conforme à lui, elle serait le résultat d’un calcul, nous y perdrions la grâce. C'est-à-dire tout.
Jacques Gruber
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Le temps de Pentecôte
« L’agneau qui a été immolé est digne de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire, la louange …
À Celui qui est assis sur le trône et à l’Agneau soient la louange, l’honneur, la gloire et la force aux siècles des siècles ! »
Apocalypse 5, 12-13b
L’Esprit du Seigneur, en nous, est un esprit de reconnaissance. Il nous sert à reconnaître que la force de Dieu s’exerce dans la faiblesse (2 Co 12, 9) que l’Agneau qui se donne lui-même à la mort devient le maître de cette dernière et le libérateur de tous ceux qu’elle tient en son pouvoir. Reconnaître cela, c’est, en même temps, exprimer sa gratitude à Dieu.
Nous nous targuons d’appeler un chat un chat, mais Dieu, nous n’osons plus prononcer, non pas son Nom, qui est imprononçable, mais ce mot qui le désigne faute de mieux. Il faut supposer, en effet, une action bien puissante en nos cœurs pour que nous y parvenions et que nous ayons le courage de la confesser de la bouche et du cœur (Rm 10, 9-10), non du bout des lèvres. Ici, le titre qui lui est décerné est celui de « l’Agneau immolé », non le Héros tout puissant de l’humanité. Et pourtant c’est bien vers lui que vont finalement nos louanges, montrant combien nous nous étions trompés à son sujet, sur les apparences, jusque là.
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Le Saint Esprit n’est pas seulement un Esprit qui pousse aux paroles, mais, tout autant, aux actes. Le culte « logique » de l’Église (Rm 12, 1) n’est pas que liturgie, prédication, rites et cérémonies, mais encore et surtout : vies consacrées, vies données, à l’image du ministère terrestre du Christ. Alors, en vérité, nous rendons au Seigneur, un culte en esprit et en vérité (Jn 4, 23).
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Le temps de Pentecôte
L’AMEN FINAL
« Amen ! »
Apocalypse 5, 14b
En hébreu, Amen signifie : solide. C’est l’affirmation qui termine toute prière biblique : « Amen, c’est solide, c’est ce que je crois ». La traduction « Ainsi soit-il » est une paraphrase sans nerf. Luther, dans sa confession de foi dit : « C’est ce que je crois fermement ».
La création elle-même, qui « souffre et soupire dans les douleurs de l’enfante­ment » (Rm 8, 22), de l’enfantement du Royaume, possède sa manière de dire « Amen ». Elle le fait, chaque année, lorsque reviennent la saison des blés puis celle des vergers. Les moissons qui parviennent à maturité, les récoltes qui portent leurs fruits, disent : « La création est solide » (« Et Dieu vit que cela était bon », Ge 1, 10, 12, 18, 21, 25, 31). Malgré les tremblements de terre, les éruptions volcaniques, les glissements de terrain, les raz-de-marée, les sécheresses, les inondations, la grêle, les vents de sable, les parasites, les invasions d’insectes, et, le pire, les dévastations que produisent les guerres (la tactique de la terre brûlée), la nature conserve, jusqu’à présent, ce signe ou cette marque qu’elle est l’œuvre de Dieu. Elle montre par là, à nos esprits prosaïques, à nos cœurs endurcis, que le Seigneur fait du solide par sa Parole.
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Et les animaux mettent bas leur petits, se reproduisent de diverses façons, régulièrement, en leur saison, les humains ont des enfants en toute saison, éprouvant la fidélité de Dieu à leur égard. De toutes les créatures, nous sommes les seuls à pouvoir prononcer ce que tout le reste de la création ne peut exprimer que par signes ou dans un langage inarticulé : AMEN !
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LISTE de textes bibliques cités :
Aggée, 26, 7, p. 47
Apocalypse 1, 4-8, p. 35 ; Ap 1, 8-20, p. 37 ; Ap 5, 12-13, p. 139 ; Ap 5, 14, p. 141 ; Ap 19, 6, p. 117, p. 119 ; Ap 19, 11, p. 117 ; Ap 19, 15-16, p. 117 ;
1 Corinthiens 15, 20, p. 123 ; 1Co 15, 22, p. 125 ; 1Co 15, 51-52, p. 129 ; 1Co 15, 52-53, p. 127 ; 1Co 15, 54, p. 131 ; 1Co 15, 55-56, p. 133 : 1Co 15, 57, p. 135 ;
Ésaïe, 9, 1, p. 57 ; És 9, 5, p. 59 ; És 35, 5-6, p. 69 ; És 40, 1-3, p. 39 ; És 40, 4, p. 41 ; És 40, 5, p. 43 ; És 40, 9, p. 51 ; És 40, 11, p. 73 ; És 50,6, p. 81 ; És 52, 7, p. 105 ; És 53, 3, p. 81 ; És 53, 4, p. 83 ; És 53, 5, p. 85 ; És 53, 6, p. 87 ; És 53, 8, p.97 ; És 60, 1, p. 51 ; És 60, 2-3, p. 55 ; És 60, 3, p. 53 ;
Hébreux 4, 14-16, p. 25
Jean 1, 1-5, p. 5 ; Jn 1, 29, p. 79 ; Jn 6, 1-15, p. 29 ;
Job 2, 1-10, p. 7 ; Jb 3, 3-22, p. 9 ; Jb 4, 1-11, p. 11; Jb 19, 25-26, p. 121; Jb 42, 1-6, p. 13; Jb 42, 7-9, p. 15;
Lamentations 1, 12, p ; 95
page 144
Luc 2, 8-9, p. 61 ; Lc 2, 10-11, p. 63 ; Lc 2, 13-14, p. 65 ; Lc 2, 14, p. 67 ;
Malachie 3, 1, p. 47 ; Ml 3, 2-3, p. 47 ;
Matthieu, 1, 23, p. 49 ; Mt 4, 1-4, p. 19 ; Mt 4, 3-6, p. 17 ; Mt 4, 5-7, p. 21 ; Mt 4, 8-11, p. 23 ; Mt 11, 28-29, p. 75 ; Mt 11, 30, p. 77 ; Mt 16, 21-28, p. 27 ; Mt 26, 36-46, p. 31 ; Mt 27, 39-44, p. 33 ;
Psaume 2, 1-2, p. 109 ; Ps 2, 1-9, p. 115 ; Ps 2, 2-3, p. 111 ; Ps 2, 2-4, p. 113 ; Ps 2,7, p. 103 ; Ps 10, 5, p. 107 ; Ps 16, 19, p. 99 ; Ps 22, 7, p. 89 ; Ps 22, 8, p. 91 ; Ps 24, 7-10, p. 101 ; Ps 69, 20, p. 93 ;
Romains 5, 31, 33-34, p. 137 ; Rm 10, 15, p. 105 ; Rm 10, 18, p. 107 ;
Zacharie 9, 9-10, p. 71
page 145
TABLE DES MATIÈRES
L’épreuve de Job, p. 5
Le premier des justes, Job 1, 1-5, p. 5
La maladie dont on meurt, Job 2, 1-10, p. 7
Anniversaires, Job 3, 3-22, p. 9
Les faux-monnayeurs, Job 4, 1-11, p. 11
« Pas un juste, pas même un seul » (Rm 3, 10), Job 42, 1-6, p. 13
L’intercession, Job 42, 7-9, p. 15
Jésus dans la tentation p. 17
« Si tu es la Fils de Dieu », Matthieu 4, 3-6, p. 17
« Ordonne que ces pierres deviennent des pains ! », Matthieu 4, 1-4, p. 19
« Jette-toi en bas ! », Matthieu 4, 5-7, p. 21
« Tous les royaumes du monde et leur gloire », Matthieu 4, 8-11, p. 23
« Il a été tenté comme nous en toutes choses, sans commettre le péché », Hé 4, 14-16, p. 25
« Arrière de moi Satan ! », Matthieu 16, 21-28, p. 27
« Jésus disparut », Jean 6, 1-15, p. 29
« S’il est possible que cette coupe s’éloigne de moi », Matthieu, 26, 36-46, p. 31
« Tout œil le verra », Apocalypse 1, 4-8, p. 33
« Je suis le Premier et le Dernier, le Vivant », Apocalypse, 1, 8-20, p. 35
page 148
« LE MESSIE » p. 39
L’annonce du Messie : Le temps de l’Avent , p. 39
« Consolez, consolez mon peuple », Ésaïe 40, 1-3, p. 39
« Que toute vallée soit exhaussée », Ésaïe 40, 4, p. 41
« Alors la Gloire du Seigneur sera révélée », Ésaïe 40, 5, p. 43
« Encore un peu de temps », Aggée 26, 7, p. 45
« Et soudain, entrera dans son Temple, le Seigneur », Malachie 3, 1-3, p. 47
« La jeune femme sera enceinte », Ésaïe 7, 14 cité dans Matthieu 1, 23, p. 49
« Monte sur une montagne pour annoncer la nouvelle », (Ésaïe 40, 9), »Lève-toi, sois éclairée » (Ésaïe 60, 1), p. 51
« Les ténèbres couvrent la terre, mais sur toi le Seigneur se lève », Ésaïe 60, 3, p. 53
« Des nations marchent à ta lumière », Ésaïe, 60, 2-3, p. 55
« Le peuple qui marchait dans les ténèbres voit une grande lumière », Ésaïe 9, 1, p. 57
« Car un enfant nous est né », Ésaïe 9, 5, p. 59
La nativité : le temps de Noël, p. 61
« Il y avait dans la même contrée des bergers qui gardaient leurs troupeaux », Luc 2, 8-9, p. 61
« Mais l’ange leur dit : Ne craignez pas », Luc 2, 10-11, p. 63
« Il se joignit à l’ange une multitude disant … », Luc 2, 13-14, p. 65
« Gloire à Dieu et paix sur la terre », Luc 2 14, p. 67
De Noël à Pâques, de Bethlehem à Jérusalem : Le temps de la Bonne Nouvelle, p. 69
« Alors s’ouvriront les yeux des aveugles », Ésaïe 35, 5-6, p. 69
« Voici, ton roi vient », Zacharie 9, 9-10, p. 71
« Comme un berger, il paîtra son troupeau », Ésaïe 40, 11, p. 73
« Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués », Matthieu 11, 26-29, p. 75
« Mon joug est doux », Matthieu 11, 30, p. 77
Semaine sainte, Le temps de la Passion, p. 79
Le Serviteur souffrant …
« Voici l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde », Jean 1, 29, p. 79
« Homme de douleur », Ésaïe 53, 3 et 50, 6, p. 81
page 149
« Ce sont nos souffrances qu’il a portées », Ésaïe 53, 4, p. 83
« Il a été blessé pour nos péchés », Êsaïe 53, 5, p. 85
« Nous étions tous errants », Ésaïe 53, 6, p. 87
« Je suis un ver, non un homme », Psaume 22, 7, p. 89
« Tous ceux qui me voient se moquent de moi », Psaume 22, 8, p. 91
« Tu connais mon opprobre », Psaume 69, 20, p. 93
« Regardez et voyez s’il est une douleur pareille à la mienne », Lamentations, 1, 12, p. 95
« Il a été retiré de la terre », Ésaïe 53, 8, p. 97
« Tu ne livreras pas mon âme », Psaume 16, 10, p. 99
… revenu à la Vie :: le temps de Pâques
« Portes élevez vos linteaux, que le roi de Gloire fasse son entrée », Psaume 24, 7-10, p. 101
« Le Seigneur m’a dit : Tu es mon Fils », Psaume 2,7 (Hébreux 1,5) p. 103
« Qu’ils sont beaux sur les montagnes les pieds de ceux qui apportent de bonnes nouvelles », Ésaïe 52, 7 (Romains 10, 18), p. 105
« Leur voix est allée par toute la terre », Psaume 10, 5, p. 107
« Pourquoi ce tumulte parmi les nations ? », Psaume 2, 1-2, p. 109
« Pourquoi les rois de la terre se soulèvent-ils, », Psaume 2, 2-3, p. 111
« Celui qui siège dans les cieux, rit », Psaume 2, 2-4, p. 113
« Le Seigneur dit : Tu es mon Fils », Psaume 2, 1-9, p. 115
« Alléluia, car le Seigneur est entré dans son règne. Roi des rois et Seigneur des seigneurs », Apocalypse 19, 6, 11, 15 et Apocalypse 19, 16, p. 117
« ALLÉLUIA ! », Apocalypse 19, 6, p. 119
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Notre espérance, le temps de Pentecôte, p. 121
« Je sais que mon Rédempteur est vivant », Job 19, 25-26, p. 121
« Christ, premier de ceux qui sont morts », 1 Corinthiens 15, 20, p. 123
« Tous revivront en Christ », 1 Corinthiens 15, 22, p. 125
« Tous, nous serons changés », 1 Corinthiens 15, 52-53, p. 127
« « Nous serons changés en un instant », 1 Corinthiens 15, 51-52, p. 129
« La mort a été engloutie dans la victoire », 1 Corinthiens 15, 54, p. 131
« Ô mort, où est ta victoire ? », 1 Corinthiens 15, 55-56, p. 133
« Grâces soient rendues à Dieu ! », 1 Corinthiens 15, 57, p. 135
« Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? », Romains 5, 31, 33-34, p. 137
« L’Agneau qui a été immolé est digne de recevoir la puissance, la richesse, la force, l’honneur, la gloire, la louange », Apocalypse 5, 12-13, p. 139
« AMEN ! », Apocalypse 5, 14, p. 141
LISTE des textes cités, p. 143
TABLE DE MATIÈRES, p. 147



        Du même auteur : « La Représentation de Dorothée Sölle, Revue d’histoire et de philosophie religieuse, Strasbourg, 66ème année, 1986, n° 2 et 3 ;
Entendre la Parole. Le témoignage intérieur du Saint Esprit, Paris, Édi­tions du Cerf, 2003,
« Vous serez mes témoins ». Pour un temps de confusion et de mutations, Paris, Éditions du Cerf, 2009.

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